Précaire, précaire, est -ce que j’ai une tête de précaire ?!

Ok. Au cas où vous n’auriez pas suivi mes tribulations, je suis donc officiellement au CHÔMAGE.
Oh je n’ai pas honte. D’ailleurs, nous les X Generation, les sacrifiés de la criiiiise (enfin le premier chariot de sacrifiés parce qu’il y en a de 10 à 15 ans de moins que moi qui ‘pointent’)  il n’est pas rare d’avoir connu le chômage AU MOINS une fois. Moi je l’ai connu… bah trois fois. C’est la troisième là.
Mais j’ai toujours été une veinarde bizarrement dans mes malchances… Première fois, licenciement économique… rien à faire, contre ça, le système vous écrase. Juste le temps de faire un bilan de compétences qui m’a prouvé que j’étais finalement faite pour mon métier que hop, j’étais de nouveau en poste… Et puis j’ai démissionné… ambition professionnelle, fin de parcours oblige… et bim, à J-10 je me suis dis: oh bah non tiens je vais choisir l’AUTRE job … ERREUR fatale. Au bout d’un mois j’ai été dégagée comme une merde avec un prétexte de merde et là … Sur le pavé Yiayia. Ou presque. bah oui, je n’ai eu droit à RIEN ! Moi qui n’ai JAMAIS coûté un rond à l’état, qui cotisait , je l’ai eu dans le…. lulu … RMi Only et fallait dire merci.
Moi je me suis dis: Dieu MERCI j’ai 30 ans et je suis de retour chez mes parents !
Et j’ai enchaîné un nouveau job en moins de 3 mois… puis un autre 2 ans et demi plus tard, et encore un autre un an après (meuuuuh NON je ne suis PAS instable… juste j’ai du mal à trouver chaussure à mon pied…  j’ai un pied du genre pied de Hobbit c’est pour ça…)
Et donc, j’enchaîne nouveau job. Mais là faut pas déconner hein… j’ai 35 piges moi Msieurs Dames… j’aimerai bien me « poser » comme on dit dans le jargon professionnel. J’aimerai bien me « stabiliser » … mais non… non non non, là encore ça ne va pas… Mmmm… cette fois c’était comme ont dit très vulgairement : « une erreur de casting »… Et pourtant, je n’avais pas menti sur la marchandise moi ! What you see is What you get comme on dit par chez nous les communicants à l’anglo saxonne. No Bullshit. On est cash, on dit ce qu’on est, on fait ce qu’on dit. Oui Madame!
Euh… mais non… alors voilà voilà, ce qu’on va faire c’est qu’on va en rester là hein… merci pour tout hein merci et puis bonne chance surtout. Ouais c’est ça. BONNE CHANCE ! GOOD LUCK ! VIELEN GLUCK ! Ach SO ! Alors ça fait quoi de se retrouver au chômage à 35 ans ?
Bah … me concernant, là, j’essaie d’analyser très fort… Première réaction; PANIQUE A BORD ! Assedic, assedic, je vais les avoir les BLOODY Assedic ? Non parce que cette fois, le squat chez les parents c’est fini là… je n’ai plus le prétexte d’avoir été larguée par mon mec (de son appart) et de me retrouver sur le pavé avec mes valoches… non non… cette fois j’ai bien ma niche rien qu’à moi que je la paie avec mes sous rien qu’à moi… Donc vu mes expériences précédentes, chômage = no pognon !
A l’heure où j’écris ce blog je n’ai pas encore l’assurance à 100% écrite noire sur blanc que c’est bon, mais bon… a priori, là, je suis censée être dans les critères qui m’octroient la générosité de l’état pour lequel je cotise depuis… très longtemps si je compte tous mes boulots d’étudiante.
Donc au chômage… Hmmm… et dieu sait si j’en ai rêvé de ce chômage. Si si, pour retrouver le temps d’avoir le temps. Ce temps qui nous file entre les doigts, qui nous donne l’impression qu’on ne gère rien, qu’on ne profite de rien, que nous sommes juste des esclaves d’un système, prisonniers de nous même, entre les mains d’une société qui nous fait vivre dans la terreur de la PRÉCARITÉ !
Rhaaaaa ça y est. C’est lâché. L’infâme mot a été cité : précarité ! La trouille au bide qu’ils ont les gens – moi compris – de basculer du côté obscur de la PRÉCARITÉ. ne pas savoir comment faire son mois: payer son loyer, son transport, son électricité, chauffage, bouffe, impôts, frais divers et variés…. finir dépouillée, la dégringolade infernale, et … la déchéance au bout…
Mais si. Dans l’inconscient de pleiiiiiin de gens, cette trouille est là. Elle nous tient les tripes. On veut rester du bon côté. Celui des INTÉGRÉS. On veut quand même faire partie du système, même si on le déteste et qu’on le critique allègrement. C’est quand même plus facile de vivre « comme tout le monde » que pas … c’est quand même plus simple la vie quand on peut  avoir une reconnaissance sociale, se sentir « appartenir » à la grande famille des CONSOMMATEURS que pas …
Et pourtant, il est évident que ça ne nous rend pas forcément meilleur…
Alors j’essaie de lutter contre cette trouille primitive de manquer.  J’essaie de me dire que non. Je n’aurai pas peur de ce CHÔMAGE. Que forcément, ce chômage me fait du bien. Et j’en suis sûre, ce chômage est là pour quelque chose de positif pour moi.
Déjà me REPOSER. Parce que lorsqu’on est une hyperactive hyper flipée survoltée du bulbe comme moi, le repos, on connaît pas. Ou très mal.
Je suis pas du genre à rester oisive. ça m’angoisse l’oisiveté. Et pourtant, j’en rêêêêêve de réussir à l’être. De redécouvrir ce plaisir de ne RIEN FAIRE. Avoir l’esprit mou. S’attarder à une terrasse de café en regardant les passants. Couper court à toute connexion et se remettre en communion avec la nature… Punaise qu’est ce que j’aimerai pouvoir le faire ! Mais c’est qu’il faudrait presque me forcer la main !
Me la jouer Christopher McCandless, foncer INTO THE WILD, Ranafout du fric, des liens, de tout, je me casse avec mon sac a dos Quechua – enfin KARRIMOR des années 90 offert pour mes 20 ans par mon 1er amoureux qui commence sérieusement à être râpé de partout mais idéal pour passer les barres rocheuses (il a pas de poches sur le côté, c’est mieux pour grimper … vous le saurez maintenant … d’ailleurs j’ai des bons restes, je pourrai toujours postuler chez Vieux Campeur ;-))
Et puis grâce à mon amoureux d’aujourd’hui je découvre Rick Bass (Winter) et Edward Abbey (Désert Solitaire … j’en suis à la page 62 depuis 4 mois c’est la honte totale) … mais N’empêche que c’est ça la VRAIE VIE. Celle qui reconnecte l’homme à la NATURE. Celle qui dépollue de tout ce système à la con qui pourrit les gens.
Le monde de L’ENTREPRISE. L’IMPITOYABLE MONDE DU TRAVAIL. Il y a d’ailleurs eu un excellent documentaire à ce sujet … je le recommande HAUTEMENT. Une parole juste et réelle sur la réalité du monde du travail d’aujourd’hui contre lequel je m’insurge, contre lequel je me révolte régulièrement. NON je ne suis pas UN BON PETIT SOLDAT. NON je ne suis PAS un NUMERO. Non je ne suis pas transparente, ouvrière des temps modernes, éjectable à tout instant comme un kleenex trop usagé… Il y en a marre de tout ça. Il y en a marre de prendre les gens pour des cons, de les déconsidérer, de leur prodiguer un management à la con. On nous bourre le mou de théories manégériales, de mots pseudo savants mélangeant l’anglais avec le français pour faire « plusse » pro … On oublie de montrer et de réapprendre aux gens à être juste HUMAINS.
Humains et NATURELS. Naturels dans leur attitude, naturels dans leurs rapports aux autres… PARAITRE PARAITRE PARAITRE. Avoir l’air d’un winner, avoir l’air de celui qui est toujours au courant de tout avant tout le monde, être un TRENDSETTER ou à défaut un TREND FOLLOWER …
ça fout les jetons… COMMENT ? T’es pas ENCORE allé à NYC faire ton shopping ? T’as pas acheté ton iPad 2 là bas déjà ? T’es trop has been… De toutes façon le mieux c’est Singapour pour le High Tech… t’as pas vu mes photos de vacances sur Facebook ? Je suis la première à coller des photos sur Facebook … bien que je me contrôle un peu par sécurité de ma vie privée et parce que j’essaie de m’appliquer à moi même ce que je critique bien souvent… 
ça me fait plaisir de lire de temps en temps des articles critique sur toute cette culture du PARAITRE qui s’est notamment développée avec Facebook… L’ÉTALAGE DE SA RÉUSSITE SOCIALE…. Obligatoire. Si t’as pas étalé ta BELLE VIE RÉUSSIE sur Facebook… c’est un peu comme si t’avais pas de ROlex à 50 piges. T’es un looser…
Ah oui oui je sais je râle, je fais mon Pimouss’ Kréma au Cassis. mais ça me fait du bien, ça faisait longtemps… C’est dur de rester intègre et cohérent dans notre société…
Mais je m’égare… revenons à nos moutons: LA PRÉCARITÉ. En même temps tout ce que je raconte est étroitement lié. Si tu deviens précaire, autant dire que tu es atteint de peste bubonique… Non c’est vrai, ça pourrait être contagieux… ça fait PEUUUUUR !!! Et il y a de quoi avoir Peur. 
Moi je sais que j’ai de la chance – pour le moment en tous cas – car pour certains ma précarité apparaîtrait comme du grand luxe. Limite Jackpot du loto.
D’ailleurs je vous conseille plusieurs ouvrages géniaux qui remettent les idées en place sur le sujet:
Quai de Ouistreham, Florence Aubenas
Tribulations d’un précaire, Iain Levison
Deux styles différents mais EXCELLENTISSIMES.
En plus déprimant vous pouvez lire L’Horreur Économique de Viviane Forrester… pas mal non plus… elle prédisait la disparition de la classe moyenne (celle dont je fais partie AUSSI).
Enfin bref. Je suis précaire sur le papier, aux yeux de la SOCIÉTÉ mais dans ma tête je sais, j’en suis certaine, que j’ai raison de me rebiffer …même si c’est dur parfois.
Un peu de précarité par ailleurs ça fait du bien. ça vous pétrit d’humilité. ça vous pousse à écouter votre âme, votre petite voix intérieure… ça oblige à MOINS CONSOMMER (ce qui est une bonne chose dans notre société qui consomme TROP et bien souvent inutilement… juste pour assouvir le dit besoin de consommer… pour rester A LA MODE) …
Bref, soyons tous précaires les gens ! Allez hop !
Je déconne bien sûr… je ne souhaite à personne de l’être et je souhaite de tout mon cœur à tous ceux qui le sont pour de vrai de s’en sortir et d’avoir une vraie chance de s’en sortir. C’est juste nos regards, nos mentalités qui doivent évoluer… je crois à une 3ème voie… je suis peut être une idéaliste à cause perdue. Peut être que l’homme est bien un loup pour l’homme, que de toutes façons nous sommes corrompus par notre soif de pouvoir, peut être qu’il nous sera impossible de devenir de vrais humains mais je garde espoir… et l’espoir fait vivre ! Hein !
Sur ce, quelques vidéos de films, que j’adore et qui reflètent bien que parfois la vie est encore plus belle, les gens sont encore plus beaux, quand TOUT se casse la gueule… Parce que la VRAIE VIE est PRÉCAIRE. Et qu’un rien peut nous faire nous écrouler… Alors … restons simples… et humbles… En tous cas moi j’essaie.
Allez. Mon coup de sang est passé.
Good Nite folks et à la prochaine 🙂

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