IL ÉTAIT UNE FOIS IBRAHIM, 24 ANS, SANS PAPIERS, SDF, …

Bonjour les ondes !

Je voulais que mon blog sur l’autisme reste en tête et SVP lisez le et faites le tourner car c’est une cause très importante qui doit entraîner une meilleure reconnaissance du Handicap Mental.


Mais je dois vous raconter ce qui m’est arrivé hier soir tard, pas plus loin qu’à ma fenêtre. La misère est partout comme vous savez. Et comme vous avez remarqué aussi, je suis très sensible à la misère et à la souffrance des plus faibles. Je regrette parfois de ne pas avoir tenu bon en fac de droit… j’aurai pu faire avocate ou de la politique pour être plus puissante dans le social…

En tous cas, je pousse régulièrement les gens à agir en racontant mes expériences qui peuvent faire un peu office ‘d’exemple’ … et je me rends compte que dans mon quartier réputé « bourgeois » il y a un paquet de SDF…

Hier soir, vers 23h10, j’entends frapper à mon carreau. J’habite en rez de chaussée côté rue. Il y a des barreaux à ma fenêtre, et en plus une protection genre roseaux. Pour frapper à ma fenêtre faut vraiment y aller… Alors sur le moment j’ai eu la trouille ! J’ai vu une silhouette masculine de l’autre côté, je me suis dis : c’est quoi ce bordel ? Et c’était pas mon petit carlin, le furet et le lapin de ma soeur et de mon frère que je garde le temps des vacances qui auraient pu me protéger d’une agression.

Néanmoins, j’ai ouvert la fenêtre pour demander de quoi il était question. Le garçon me demande d’appeler le 115 pour lui. Je reste un peu interdite sur le moment en me demandant si c’est bidon ? Je lui dis: vous plaisantez pas n’est pas ? C’est vraiment sérieux ? J’appelle mais vous me racontez pas des cracks ? Il me promet que non. J’appelle. Plus de 15 minutes d’attente. En attendant je lui propose une boisson chaude. En fait il est tellement fatigué, tellement habitué à ne pas manger et ne pas dormir que là, il veut juste un abri. Surtout un abri. J’ai enfin quelqu’un. Je le signale, ils me disent qu’ils envoient un camion.

Je lui dis. Je lui demande comment il s’appelle. Ibrahim. Quel âge a t-il ? 24 ans. D’où vient-il ? Djerba en Tunisie. ça fait 4 ans qu’il est en France. Il a fui la misère. Il est venu en France par la mer. En clandestin. ça lui a coûté une petite fortune. Il a du mal à parler mais il a très envie de parler en fait.

Je m’excuse d’avoir été méfiante et je lui explique toutefois pourquoi je ne peux pas passer le pas de le faire rentrer chez moi. Je suis obligée de garder un min. de protection. Pas a cause de lui personnellement, à cause de la vie en général. Il me dit qu’il comprend bien sûr. Alors je lui demande depuis combien de temps il est dans la rue. Il me dit 1 an. Il me dit « Hinshallah » à toutes les sauces. Il m’explique qu’Ibrahim est dans le Coran. Est ce que je connais le Coran ? je lui dis que je suis désolée mais non… Il  me raconte l’histoire de l’Aïd. Je trouve que son histoire ressemble vachement à celle d’Abraham dans la bible…

Il m’explique qu’il ne boit pas d’alcool, qu’il ne prend pas de drogue. Je le félicite car j’imagine à quel point ça doit être facile de sombrer là dedans quand on est dans la rue. Il me raconte que quand il est arrivé en France tout se passait bien. Des boulots dans le batiment, dans des pizzerias, il avait des fiches de paie, un logement et même une petite amie française. La petite amie avait pas l’air très saine et a fini par le plaquer. Et puis il a perdu ses emplois et tout s’est mal enchainé pour lui.

Ibrahim m’explique qu’il a le coeur coupé en deux. Je lui demande s’il voudrait pas rentrer en Tunisie ? Au moins il serait avec sa famille, il aurait chaud… ça serait peut être mieux que d’être SDF à Paris ? Il y pense mais il a son honneur. Il a la pression. Il me raconte sa famille. Il n’a plus son père. Il a deux grands frères dont un qui est médecin. Et un petit frère de 14 ans. Une soeur qu’il aime et que tous les frères protègent. Et normalement il est là pour envoyer de l’argent à sa mère. je suis scotchée. j’ai vraiment les boules pour lui.

Je lui dis qu’au moins il a la chance de parler français et de savoir lire et que d’être dans cette situation c’est pas possible, c’est pas ça la vie. Alors je lui donne des adresses d’associations. Celle des Tunisiens en France et celle des Sans Papiers. Je lui dis qu’au point où il en est il faut qu’il arrête de se planquer. Au mieux il sera renvoyé en Tunisie et au mieux il sera pris en charge par les associations et aura peut être une chance de stopper le circuit infernal…

Je le remonte, je le rassure, je lui dis qu’il doit s’accrocher, continuer de penser à sa famille pour tenir, continuer à prier pour ne pas céder à la tentation de la drogue et de l’alcool.

Je retourne piocher dans mes affaires pour lui trouver un bonnet, des gants, une écharpe. Je peux pas donner plus j’ai plus rien à donner et surtout rien de vraiment à sa taille… Au début il ne veut pas et puis je lui dis qu’il doit prendre pour pas tomber malade.

Il parle beaucoup et je sens qu’il voudrait encore plus. Comme tous ces gens qui ont ‘manqué’ de tout, ils ont une faim insatiable de contact, de dialogue… ça fait une heure que je me caille le cul à ma fenêtre avec mon plaid autour des épaules. Je fatigue et je sens qu’il commence à tourner en rond dans son dialogue. Il me dit qu’il a de la tension, que parfois il perd contrôle et qu’il se sent devenir fou. Je le rassure. je lui dis qu’il faut pas trop qu’il cogite dans sa situation. Il doit être dans l’action positive pour lui, dans l’immédiat. Ses pensées sur son avenir, l’amour etc. il verra ça plus tard. Il me dit qu’il aime bien les filles. Je lui dis que pour le moment c’est pas la priorité. Il me dit qu’il fait des cauchemars. Je lui dis que ça c’est normal. Vu sa situation c’est normal qu’il en fasse des cauchemars… je vois bien qu’il est psychologiquement perturbé. Abîmé. Son état mental est précaire. Il est temps que ça s’arrête tout ça…

Je lui ai dis que j’allais devoir fermer ma fenêtre mais que surtout il ne bouge pas, le camion allait arriver. Il s’impatiente, il en a marre d’attendre. Je comprends. Je rappelle le 115. ça décroche tout de suite. J’appelle devant lui. Je lui confirme que ça va venir.

Le problème c’est que le Samu Social a moins de moyens. Il y a moins de camions. Surtout le dimanche soir. ça dépend où est le camion dans Paris. ça peut mettre entre 20 min et 1h30 …je fais promettre à Ibrahim d’attendre. Je reste dans mon salon lumière allumée à attendre aussi… Il refrappe à la fenêtre 10 min. plus tard. Je lui dis qu’il va arriver le camion. Putain mais que fout le camion ?! vers 00h40 j’entends un camion. je regarde. Je ne vois plus Ibrahim. Impossible de savoir s’il est monté ou pas dans la maraude …

J’espère que oui. J’espère…je me suis dis que décidément, la vie n’est pas juste pour tout le monde et quand j’entends tous ces politiciens, je me demande vraiment s’ils considèrent bien les plus démunis ou s’ils se disent qu’après tout on ne peut pas sauver tout le monde donc foutus pour foutus autant les sacrifier ?

je vous laisse écouter cette chanson pour conclure …. elle résume bien la situation…

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