L’IVG DE CONFORT, CA N’EXISTE PAS !

Bonsoir les ondes.
 
Je préviens, cette nuit j’envoie du lourd. Âmes sensibles s’abstenir.
 
Comme je travaille, bien que je sois connectée en continu sur les réseaux sociaux, je loupe souvent les moments d’effervescence, notamment sur twitter.
 
Aujourd’hui, un hashtag m’a intrigué particulièrement : #IVGdeConfort
 
J’ai vu plein de personnes réagir- beaucoup de femmes bien sûr mais avec plaisir pas mal de mecs aussi – sur ce sujet. J’ai voulu comprendre !
 
Et puis d’abord j’ai trouvé cet article du Figaro qui m’a littéralement révulsée :
 
 
Et puis grâce aux Bridgets sur Twitter, j’ai trouvé l’origine :
 
 
Et là je me suis juste sentie ENRAGÉE. Enragée parce que l’IVG n’est effectivement pas un moyen de contraception mais c’est une chance inouïe que nous avons.
 
Il y a l’IVG thérapeutique / Médical, effectivement, là on ne se pose pas la moindre question… et l’IVG tout court. Celui qui fait qu’on a le droit parfois de pouvoir DECIDER de OUI ou NON porter et garder la vie. Ce n’est pas un acte anodin. Et ce n’est CERTAINEMENT PAS un acte de CONFORT !!!! Ceux qui disent ça ne connaissent pas ce que c’est. Louis Aliot a de la chance de ne jamais avoir eu à avorter. Peut être que Monsieur Louis Aliot a une fille et si sa fille de 15 ans était tombée enceinte accidentellement ? Il l’aurait empêchée d’avorter pour lui donner une bonne leçon ? Si sa fille (je ne le souhaite pas ) s’était fait violer et était tombée enceinte à la suite d’un viol, il l’aurait obligée à garder l’enfant ? Si sa fille était jeune, trop jeune, en pleine lancée, précaire, il l’aurait obligée à garder l’enfant ?
 
Les accidents ça arrive. Même aux plus prudentes. Même aux filles sages. Je vais vous raconter mon expérience personnelle. Je n’ai pas de tabou avec ça. Sûrement c’est ma façon de l’exorciser. C’était l’été de la canicule en 2003. J’avais 27 ans. J’étais une grande fille autonome dans la vie active. Mais c’était un accident. … Plus jamais ça… je me le suis juré… Mais n’empêche. MERCI l’IVG. MERCI SIMONE VEIL. MERCI DE DONNER LE CHOIX AUX FEMMES.
 
Et que Monsieur Aliot se rassure, j’en ai bien chié ma race… et c’était loin d’être confortable…
 
PLUS JAMAIS ÇA 

Je ne suis  plus enceinte. J’étais enceinte. Mifépristone. Les fameux comprimés RU. Trois comprimés, suivis 36 heures plus tard des nécessaires prosta-glandines qui favorisent l’évacuation finale. La petite grande expulsion de ce que je ne pouvais pas garder.
 
Ce n’est pas que je ne voulais pas. Je ne pouvais pas. Pourquoi je ne pouvais pas ? Plein de raisons et ma raison. Ma vie. La vie. C’est à cause de la vie que j’ai paradoxalement du choisir la mort.

Je ne prenais plus la pilule depuis trois ans. Il paraît que c’est bien de faire un break. Comme ma vie affective était comme des montagnes russes, c’est vrai que je ne voyais pas non plus l’utilité de continuer à la prendre.

Entre temps, mes aventures se sont passées à 90% sous préservatifs, tampons pharmatex et 2-3 pilules du lendemain…

J’étais en contrôle. Je suis une parano de la grossesse accidentelle. Porteuse d’une maladie génétique grave avec 50% de chance de la transmettre à chaque fois, raison de plus…

Pourtant, j’ai déconné. 2 nuits. 2 partenaires différents à une semaine d’intervalle. Mon ovulation au milieu. Un accident. Un pu-tain d’accident. Un malheureux accident… Parce que ça n’arrive pas qu’aux autres. Parce que ça m’est arrivé à moi.

Parce que j’avais envie d’amour, parce qu’eux se proposaient de m’aimer. Alors je les ai laissé. Mais je n’en voulais pas tant … Je n’avais jamais voulu imaginer que cela puisse m’arriver.

Deux jours de retard et j’étais déjà paniquée. Et j’avais des nausées anormales…Non ce n’était pas une gastro en plein mois d’août caniculaire… Parce qu’on se connaît. Parce qu’on le sait. Je le savais. Je suis réglée comme une horloge suisse…J’ai fait un premier test. Négatif. Je me crois momentanément « sauvée ».

Semaine du 15 août, je suis en famille sur la côte Atlantique. Les jours de retard s’accumulent. Je mets ma mère dans la confidence qui est persuadée, elle mère de 5 enfants que je suis enceinte. Deuxième test, urines du matin, positif, que je m’obstine à lire négatif sur le moment. Non. Je ne veux pas le croire. Je ne veux pas comprendre.

Au bout de 20 minutes, grâce à ma mère, je prends conscience du verdict. Je suis prostrée. J’ai peur. Je ne peux pas. je ne veux pas. Ce n’est pas possible ! Non, non ! Comment vais-je faire ? Que vais-je faire ?

Arrive la question terrible : Enceinte de qui ? Tout se mélange. Je ne sais plus où j’en suis. Je crois déceler l’accident avec l’un. Je l’appelle. Il m’annonce que je dois me débrouiller seule. Il a sa vie, il ne peut rien pour moi. Il est juste désolé. L’IVG me fait peur, garder le bébé me fait peur, tout me fait peur.

Je me calme. Je pense a la maladie dont je suis porteuse. Une chance sur deux. Je ne peux pas nier ce paramètre qui me concerne. Deuxième doute. Je calcule mon cycle. Je redécompose mes ébats. C’est l’autre, c’est sûr. Je l’appelle. Il réagit bien. Et là, c’est le début du fantasme déconnant.

Je suis enceinte. C’est nouveau. Je me calme. On me rassure. C’est tout frais. Ce n’est que le début. J’appelle mon gynéco. RDV dès mon retour de WE. Je ne suis plus seule. Le partenaire potentiel semble prêt. Il m’aime bien. Je l’aime bien. ça me rassure. J’entrevois un espoir. Un espoir d’amour ? Une révélation ? Je me dis que c’est peut être ça ma vie, ma nouvelle vie.

Me voilà soudain contente d’être enceinte. J’essaie de maîtriser cet instinct maternel qui voudrait exploser puissance mille millions… Je dois faire attention. Rien n’est joué. Mais je me regarde dans la glace. Je constate que mon bas ventre s’est déjà détendu. Je vois que mes seins ont déjà beaucoup grossi. Je me caresse le ventre, naturellement…

Pourtant, la nuit, l’angoisse me saisis. Et si, et si … l’idée d’être seule avec un enfant me terrorise. L’idée de me forcer à aimer le père m’est insupportable. La semaine s’écoule paisiblement grâce à mes parents qui se montrent positifs et me disent que finalement, c’est le test génétique à 8 semaines de grossesse qui sera déterminant. Mais les contacts avec le père deviennent plus rares, plus neutres. 


L’angoisse ne cesse de monter. Je crois toujours qu’en fonction du test génétique je prendrai ma décision. Je crois toujours qu’envers et contre tout, je garderai le bébé.

Je rentre à Paris. J’appelle mon peut être futur homme de ma vie, mon peut être père de mon peut être futur premier enfant… je suis dans le TGV, sa froideur au téléphone me ferait fondre en sanglots. Je me sens suffoquer. Je dois le voir lundi soir, chez moi.

Lundi au bureau, j’essaie de positiver. C’est aujourd’hui que tout se décide. La journée est longue. J’ai rendez-vous à 18h40 chez le gynécologue. Il me rassure. Il voit que je flippe totalement. Il devine mes doutes. Il évoque l’IVG face à mon indécision. Il voit cependant ma conscience qui me travaille. Il me rassure. Tout est encore possible.

Je rentre chez moi, avec mes courses, prête à positiver la soirée. J’ai peur, mais j’espère. Je prépare un bon dîner, je me fais jolie et je pars le chercher à la gare, celui qui fera basculer ma vie.

J’arrive, il fait la gueule. Il me claque deux bises sur les joues. Il parle à peine. Dès lors, le désespoir me saisis, mais la colère aussi. Je sens que c’est loin d’être gagné. Je fais bonne figure. Je suis souriante, aimable, presque enjouée. J’essaie de le mettre à l’aise.

On arrive chez moi, malaise. Je nous serre un verre d’eau. J’arrive à mettre la radio en musique de fond. On attaque d’emblée le sujet. Enfin, j’attaque pour lui. Je le fais parler. Il m’annonce enfin le verdict: NON. Non, il ne veut pas du bébé. Et il me détestera si je décide de le garder quand même.

Je ne dis rien. Je le regarde. Tout à coup, je me rends compte qu’il n’y a pas d’amour entre nous. Je ne peux pas envisager un enfant d’un couple qui n’en est pas un, d’un père et d’une mère qui ne s’aiment pas, d’un père qui n’en veut pas … Mon rêve s’effondre. La réalité me réveille. Je ne peux pas le garder.



Je me sens déchirée, trahie, blessée. Mais je suis autant responsable que lui. L’inéluctable se présente à moi. Je n’ai pas le choix. Je pleure. C’est un vrai déchirement. J’avais commencé à y croire, à m’attacher, je dois tout arrêter. Je ne veux même pas savoir s’il aurait été atteint ou pas de la maladie génétique. Je ne peux pas garder ce bébé que je porte en moi.

Je veux que le géniteur quitte les lieux. Je prends ça comme un terrible rejet. Tout ce qu’il me raconte ne m’importe plus. Je veux qu’il parte, vite. Je veux pleurer en paix. Je dois digérer cette difficile décision, la mûrir.

Je suis lucide, sage, mais boulversée. Maman, ma chère maman. Je l’appelle et là je fonds en sanglots. J’ai la tête lourde, prête à exploser tellement le chagrin me boulverse.
Je sais que c’est la bonne décision. J’en suis sure comme rarement j’ai été sûre de toute ma vie. Je veux que ça s’en aille, vite. Le lendemain je ne vais pas travailler. Trop fatiguée, trop éprouvée. Et surtout, je veux en terminer. Le plus tôt sera le mieux. J’appelle mon gynéco première heure. 


Je dois d’abord faire une échographie. Le choc. Je n’avais pas prévu ça. Et ensuite, 48h plus tard, j’aurai rdv avec lui au centre de la femme de l’hôpital pour le passage à l’acte.
La journée est plus que pénible. J’arrive à obtenir mois d’août oblige, un ultime rdv à la clinique où ironie du sort, ma mère à accouché des trois derniers. Je dois  boire un demi litre d’eau une heure avant. Tellement flippée que j’arrive une heure en avance et j’attends comme une idiote dans le hall d’entrée de la maternité. Enfer et damnation. C’est le grand défilé. J’étouffe. Des couples, des mamans enceintes jusqu’aux dents, des nouveaux-nés, des familles, j’ai le droit à la totale. C’est une véritable torture morale. Ce même été, toutes mes copines mariées m’annoncent leur première grossesse. Question d’enfoncer le couteau dans la plaie. Est ce que vraiment je mérite tout ça ? Je me dis que j’ai peut être été un monstre dans une autre vie ?

J’arrive pour l’échographie. Je suis sur la défensive. On me demande si c’est dans le cadre d’une première grossesse. Je dis que oui, mais que c’est aussi dans le cadre d’une IVG. Là, le discours change. Strictement neutre. J’ai de la chance. Pas de son. Je regarde l’écran. Confirmation que j’ai bien un petit « sac » qui commence à pousser dans mon utérus. Tout va bien. ça me fait drôle. Je suis curieuse, scientifiquement parlant. C’est dingue la procréation… et c’est en moi que se passe ce phénomène. N’y pensons plus. Je me dis qu’après demain, on en parlera plus.

L’examen conclut à une grossesse de 5 semaines et demi à peu près. La date de conception oscille mais semble bien favoriser celui que je pensais etre le père. Celui avec qui j’ai cru que tout serait possible…Je lui en veux à mort. Je suis furax. Plus jamais ça ! Plus jamais ça !

Je retourne au bureau le lendemain. Journée interminable de nouveau. J’essaie de gérer ma décision et l’angoisse qui va avec ainsi que mes doutes de dernière minute et ma culpabilité. Je redemande au père s’il est bien sûr de son coup parce que demain il sera trop tard. Il me dit que oui. Les larmes montent toutes seules. J’éprouve un chagrin inouï. 


La décision est certaine, irréversible. Je n’ai pas le choix. Je veux un bébé. Je veux des bébés, mais pas comme ça. Non. Pas comme ça.

Lendemain matin, je me prépare. Je suis zen. Décidée et calme. Je prends mon bus, direction l’hôpital. Ambiance particulière. Direction le centre de la femme. je remplis des formulaires administratifs. Mon gynécologue m’accueille, gentiment, rassurant. On y va. C’est parti. On parle de ce qu’on va me donner et de ce qui va suivre. Il me represcrit la pilule sans hésitation et me fait les gros yeux d’un papa qui dirait à sa fille : « ça va pour cette fois ci mais maintenant, attention … » je dis « oui », d’une toute petite voix, me sentant tout à coup très vulnérable.

Je m’assieds dans une pièce adjacente. L’infirmère me rejoint. Elle m’explique tout le processus. Les réactions varient selon les cas. Vu les informations qu’elle possède sur mon profil, elle me prévient que ce sera sûrement douloureux. Je n’en sais pas plus. Je signe les papiers officiels qui officialisent mon consentement pour l’IVG et le fait que la prise de mifépristone est irréversible. En gros, une fois les comprimés avalés, on ne peut plus reculer.

C’est une épreuve lourde. Je prends pleinement conscience qu’il ne s’agit pas d’un acte anodin. Mais je suis en contrôle. J’agis mécaniquement et j’avale un a un les comprimés. Je dois à présent attendre. Je suis renvoyée chez moi. Deux jours plus tard à des heures bien précises, je devrai prendre des prosta-glandines pour déclencher « l’accouchement »… Jusque là, j’ignore totalement ce qui m’attends.

Je rentre chez moi, accrochée à mon téléphone portable avec ma mère, toujours calme. Absente physiquement mais présente quand même. Elle me soutient. Mon père me soutient. Mes amies me soutiennent. C’est primordial. Je ne suis pas seule, je sais que j’ai de la chance. J’attends. Je suis chez moi et j’attends. Rien à signaler. J’ai juste un super cafard. En milieu d’après midi, assise à mon secrétaire, une douleur vive me saisis dans le bas ventre. Comme si je sentais que le petit sac venait de se décrocher. Un désespoir immense tel un raz de marée m’envahis soudain et je m’effondre en sanglots sur mon bureau. Je me sens criminelle. Je viens de tuer mon bébé. Je suis un monstre. Une immense déferlante de culpabilité s’abat sur moi. Je sentimentalise puissance mille. J’oublie les commentaires rationnels du médecin qui me disait qu’a ce stade ce n’est « rien », que si ça se trouveà n’aurait pas été viable pour cause de maladie génétique ou fausse couche… Oui mais je me sens criminelle quand même… J’ai mal. J’ai mal. Mon dieu comme j’ai mal à la vie !

Puis je m’apaise. Une de mes amies les plus proches me rend visite. ça me soulage. Je commence à me sentir vraiment foireuse. Très fatiguée. Très très fatiguée. Et toujours mes nausées. Le lendemain non plus je n’irai pas travailler. Ensuite ce sera le WE. J’aurai les prosta-glandines à prendre le samedi. En attendant, j’attends. Je commence à avoir des contractions. ça fait mal. Et je me sens toujours terriblement fatiguée, toujours un peu plus profondément déprimée de ma vie. Même si je sais, même si je sais que j’ai bien fait et qu’en plus on arrête pas de me le répéter…

Vendredi soir, toujours seule, je sens ma culotte humide. Je vais aux toilettes. Du sang. Je vois rouge dans mon slip. Un sang très fluide, rouge vif. Je panique. ça y est. ça commence. J’ai tellement peur et je suis tellement triste. ça se concrétise, ça y est. ça arrive vraiment. C’était pas pour faire semblant. De nouveau j’appelle ma maman. Heureusement que je l’ai ma maman. Je suis à la fois femme et bébé. J’ai besoin de ma mère comme jamais. Elle me rassure, je m’apaise de nouveau. J’ai des numéros à appeler à l’hôpital jour et nuit au moindre soucis. On m’a laissé une feuille de consignes strictes et à la moindre manifestation « anormale » j’ai pour ordre d’appeler et de foncer aux urgences. Pas spécialement rassurant…

La nuit se passe pourtant calmement. Les infirmières m’ont dit au téléphone que c’était normal de saigner.

Je me réveille à 7h pour la prise des premières prosta-glandines à 8h tapantes, plus du di-antalvic, question d’anticiper les éventuelles douleurs dont on m’a parlé. Je suis conditionnée. Je déjeune un peu. Calmement, à 8h j’avale les comprimés. J’attends. 8h10, une douleur monte et elle monte… C’est une contraction d’une violence sans nom qui me saisis. Je ne sais plus comment me mettre. Je me roule sur mon lit, je me roule parterre, je cours aux chiottes, j’ai horriblement mal, des sueurs froides, des nausées immondes que je dois contenir, des vertiges à tomber raide. Je rampe parterre, j’appelle le Bon Dieu au secours, je m’accroche en serrant les dents, je gémis. Je ne peux même pas contrôler la contraction avec ma respiration. Elle est infiniment aigüe, interminable, toujours plus intense. Je crois mourir…

8h40, soudain, j’ai à peine moins mal. J’ai mon téléphone portable à la main. J’ai la force d’appeler mes parents. Ma mère décroche. Elle passe ses nuits avec le portable a côté d’elle depuis que j’ai amorcé l’iVG. Je peux à peine m’exprimer. Je pleure, je gémis, j’ai mal. Je n’en vois pas la fin. Je suis éreintée de douleur. Ecartelée de l’intérieur. Ma mère est là, à l’autre bout de la ligne. Elle me dit que ça va passer, que c’est normal. Elle savait que j’allais en chier, mais pas à ce point.

8h45, la douleur se calme significativement. Je reprends doucement mes esprits. Allongée sur le parquet de mon salon, toujours pendue au téléphone avec ma mère qui m’ordonne de ne pas etre seule pour la deuxième session. J’ai frôlé le malaise. C’est dangereux de le faire toute seule. Je préviens une de mes amies les plus proches. Elle sera là. En attendant, je me force à retrouver un peu de dignité. Je prends ma douche, je prépare mon déjeuner, j’essaie de me reposer. A 12h, j’ai de nouvelles contractions douloureuses mais un peu moins fortes. Je sens quelque chose couler. Quelque chose de compact… Je saigne beaucoup. Je vais aux toilettes pour me changer et là, posé sur ma serviette, je découvre le petit sac. Je viens de l’expulser.

Je suis abasourdie. Je n’en reviens pas. Je finis de me changer et je la pose sur ma table basse de salon et là, j’observe. C’est de l’hyper réalisme. C’est ça. C’est bien ça. Le fameux petit sac de la taille d’un ongle de pouce. Je l’observe et je pleure. Je ne suis plus enceinte. ça y est. J’appelle de nouveau ma mère. Oui, c’est bien ça. C’est mon bébé… Que faire ? Je l’emballe comme je peux, le plus soigneusement possible, délicatement dans une petite enveloppe puis un petit sachet. Je le pose sur une pile de magazines, je ne peux pas le jeter à la poubelle… C’est impossible. Je suis bouversée. Pas spécialement soulagée en fait … Et puis ce n’est pas terminé. Une deuxième session de prosta glandines m’attend… J’ai mal, je suis fatiguée, mais je tiens le coup. J’ai juste peur d’avoir de nouveau super mal …

Mon amie arrive, je suis soulagée mais j’ai toujours peur. 14h, je remet ça. Disciplinée, j’avale les comprimés. La douleur se manifeste et ne tarde pas mais elle reste soutenable. La précédente a été tellement violente que celle ci peut etre acceptée. Je la tolère, je l’encaisse, je serre les dents. Les sueurs froides reprennent. Cette douleur insidieuse ne me quitte plus. Mon corps est éprouvé. Je suis éreintée de douleur. C’est le dernier round avant la fin finale.

Je passe ma soirée recroquevillée dans mon canapé, shootée au di antalvic. J’ai du bol, je dors à peu près bien. Je me réveille le lendemain, presque détendue. Je savoure ce plaisir de sentir mon corps relaxé. J’appuie sur mon ventre. Il est ramolli. Il est vide. Je ne suis plus enceinte.

Je passe la journée à très petite vitesse. Je me sens juste décalquée. Je ne réfléchis pas trop. Je pleure, je pleure, je pleure. J’ai le baby blues. Mais j’essaie de  ne pas me laisser aller. Lundi, retour au bureau. J’ai du mal, mais ma vie doit continuer. Je veux oublier. Je ne veux pas y penser.

J’ai des règles éternelles et le ventre dévasté mais je dois avancer. Je suis en mode automatique.

Je me noie dans le travail. Appliquée et impliquée. ça passe plus vite comme ça. J’ai l’impression d’être sortie d’affaire. Je me relance dans une sortie post boulot dans la semaine avec mes fidèles amies. Je sens bien que je suis fatiguée mais tant pis. Je dois redevenir comme avant. Deux verres de vin plus tard les nausées me reprennent. je rentre chez moi ne rêvant que d’une chose : me pencher sur la cuvettes des WC pour vomir tout ce que je peux. Ma nuit est blanche. Douloureuse, traversée de contractions utérines, de fièvre et de sueurs froides. Que se passe-t-il ? J’angoisse à mort. Impossible d’aller travailler. J’appelle mon gynéco qui me dit de foncer aux Urgences faire une échographie. S’en est trop. Je fonds en sanglots. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Mon père est là, heureusement. 


Me voilà à attendre des heures sans vraiment savoir pourquoi, sans savoir si c’est grave ou pas … C’est le bordel là dedans… les mourants passent à côté de moi… J’ai les boules. J’attends mon tour…

Bilan sanguin et enfin, 4 heures plus tard, échographie. Ce n’est pas fini. Tout n’est pas parti. Ce bout de vie était bien accroché. On me recolle 5 jours de prosta glandines matin et soir avec surveillance accrue de ma fièvre. Il m’en faut peu pour m’effondrer de désespoir. Si à la prochaine échographie ça ne passe pas, ça sera intervention chirurgicale. Youpi … Tout ça pour en arriver là ? je commence à largement perdre confiance. 


De nouveau cloitrée, de nouveau isolée, je vis au jour le jour pour en finir avec mon IVG. Je ne suis qu’angoisse et fatigue. Chagrin et amertume sont mes nouveaux amis. Vidée, désabusée, défoncée au di antalvic, je continue de saigner. Doucement mais sûrement. J’ai peur de rester sur le carreau. Peur de pas m’en sortir.

Et puis un jour enfin, tout s’arrête vraiment. Tout se remet en place. Je suis sauvée. J’ai survécu. Mon corps est intact. L’angoisse passe. J’ai n’ai plus la poisse. Mais je n’oublierai jamais ce long mois. Une fois, pas deux. Je ne souhaite à aucune femme ce genre de malheureuse expérience.

C’est un acte merveilleux que de donner la vie. Il faut le respecter. Les accidents, ça arrive  mais on peut les éviter. Vive la pilule !!! Et MERCI Simone …
—–
 
Donc vous voyez Monsieur Aliot, l’IVG c’est tout sauf un « confort ».
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2 réflexions au sujet de « L’IVG DE CONFORT, CA N’EXISTE PAS ! »

  1. Merci pour ce témoignage touchant et super courageux … Ici (au Mexique), l'avortement est interdit et je vois tous les jours des gamines de moins de 20 ans avec un, deux enfants, qui galère pour joindre les 2 bouts (et la galère, ici c'est pas la même galère qu'en France) et les gens sont choqués quand je leur dit que je prend la pilule depuis des années… nous avons la chance d' AVOIR LE CHOIX en France, pourvu que ca dure !

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