SUIS-JE EN TRAIN DE DEVENIR UNE NOUVELLE PAUVRE ?

Hello Hello !

J’avais bien envie de faire un billet sur le fanatisme religieux suite à la caricature de Charlie Hebdo et en fait ma propre réalité m’a rattrapée et j’ai envie de partager avec vous ce constat car mon petit doigt me dit que je ne suis pas seule dans ce cas…

Fin de mois proche, j’ai profité de mon Sacro Saint RTT mensuel pour faire des choses que je fais habituellement le samedi, question d’avoir mon samedi totalement en roue libre… Je suis donc allée faire mes courses de bouffe au supermarché du coin de mon quartier bourgeois parisien…


Evidemment j’ai un budget. Pas le choix. Je n’achète pas de superflu. Que des légumes de saison, pas de viande rouge. Des mois que je me traîne un vieux découvert… j’aurai pu ne pas partir en vacances. J’aurai pu ne pas m’acheter une paire de baskets, j’aurai pu ne pas, plein de choses… j’aurai pu ne pas faire de cadeaux d’anniversaires, j’aurai pu ne pas… mais MERDE. J’ai quand même fais. Mais voilà… le prix à payer c’est ce vieux découvert que je mets du temps à recouvrir.

Je fais mes courses (rationnalisées les courses), j’arrive à la caisse, je dégaine ma CB – Gold – en sachant très bien que sûrement il allait arriver ce qui est arrivé : Carte refusée.

Seuil maximal d’autorisation de découvert atteint. Je m’en doutais. J’avais fais un virement ce matin de mes deux comptes sur lesquels jadis j’avais une épargne d’enfer. J’avais même une assurance vie et un PEL. Je n’en ai plus.

J’ai donc fais un chèque, un peu honteuse et je suis repartie avec les boules en me disant: PUTAIN. J’ai 37 ans, je suis seule, je n’ai même pas d’enfants et je galère presque comme à l’époque de mes 24/25 ans. En fait c’est faux. Avant, c’était pire. Avant, j’étais au delà des 32% d’endettement.

Avant, le 8 du mois j’étais déjà à découvert avec des sms de ma banque qui me harcelaient. Avant, il pouvait arriver que je n’ai d’autre choix que d’appeler mon père au secours par peur d’être interdit bancaire.

Je ne suis pas pauvre. Je ne suis pas fille de pauvres, mais je ne suis pas fille de riches. Loin de là. J’ai été un peu riche. Parce que mon père, fils de pauvres a bossé sa pleine peau. Il s’est tout payé de A à Z. Quelqu’un de courageux mon papa. Jamais de vacances pendant sa jeunesse. Il s’est payé sa prépa, il a fait une grande école de commerce, il a gravit les échelons, il a bossé. Il sait ce que ça veut dire.

Maman, aussi. Moi j’ai été élevée avec le sens du travail, le sens du mérite. ça n’empêche que j’ai grandi dans une certaine richesse. Enfant expatriée, j’ai connu les grandes et belles maisons, le personnel de maison, les belles choses. On a élevé en moi le sens du beau, du bon.

Comme dit ma grand mère aristocrate, c’est plus facile de monter l’échelle sociale que de la redescendre. Elle en sait quelque chose, elle qui a fait un mariage d’amour et sûrement souffert une partie de sa vie de ce déclassement social.


Moi aussi je suis une déclassée. Mes parents sont des déclassés. La vie fait que nous ne pouvons appartenir à aucun groupe. On est ni prolos, ni BCBG, ni nouveaux riches, ni RIEN. On est une espèce de magma inclassable. La solution de facilité serait de nous catégoriser comme Bobos mais en même temps on n’est pas assez lisses pour ça…

Enfin bref. Aussi loin que je me souvienne, depuis que je gagne ma vie je n’ai JAMAIS été dans l’aisance financière. J’ai fais un prêt étudiant pour mes études supérieures et à peine diplômée, au lieu de rester chez mes parents pour économiser, je me suis barrée dans les Alpes pour bosser dans le snowboard parce que c’était ça le job de mes rêves à l’époque. J’ai connu la précarité d’un salaire smicard, d’une piaule dans un foyer de jeunes travailleurs où le 3/4 étaient des délinquants paumés.

Et puis je suis partie à Londres et revenue chez mes parents mais la volonté d’indépendance avait fait son chemin. A moi les crédits à la consommation, à mon employeur pour payer les frais d’agence, IKEA, Conforama et yallah ! A moi mon appart. Seulement voilà. Il fallait rembourser le prêt étudiant, l’employeur, IKEA et Conforama et économiser les premiers impôts que j’avais oublié… Donc il a fallu emprunter à mon meilleur ami que j’ai remboursé 5 longues années plus tard…

C’est comme ça, j’assume à peu près. Et puis j’ai toujours été de nature généreuse à tendance cigale. Une fois qu’on prend l’habitude de vivre à découvert on dédramatise vachement…

A 30 ans j’ai ENFIN grâce à une rupture sentimentale qui m’a obligée à retourner vivre chez mes parents, pu rembourser TOUTES mes dettes et c’était un sentiment nouveau pour moi de pouvoir à la fois finir dans le vert à chaque fin de mois mais pouvoir pour la première fois de ma vie: EPARGNER !!! Mettre de côté de partout. Sentiment de sécurité extrême. Et bien sûr faire plaisir. Se faire plaisir  à soi – entendons nous bien je n’ai jamais psychologiquement réussi à m’acheter des fringues et accessoires hors de prix – mais ne pas compter et savoir que malgré tout on reste dans le vert.

J’ai eu un travail bien payé avec plein d’avantages sociaux… La vie m’a souri entre 30 et …35 ans en gros….

Et puis BIM le chômage. J’avais repris mon autonomie, un appart parisien, … et au fur et à mesure mes économies se sont réduites à peau de chagrin. Adieu assurance vie, adieu PEL … j’aurai pu me mettre dans l’extrême privation, j’aurai pu ne pas partir en vacances, j’aurai pu me contenter de consommer le strict minimum. C’est d’ailleurs ce que j’ai globalement fait pendant mes 7 mois de chômage.

Je me suis mise aux annonces sur Leboncoin.fr, eBay, j’ai vendu plein de choses. Car oui je l’admets, j’ai trop consommé. Trop de sacs, trop de chaussures, trop de fringues jamais mises. je dois bien assumer d’avoir été irresponsable avec mon argent… Mais entendons nous bien, je ne me suis jamais lâchée comme une grande inconsciente. J’ai juste essayé de vivre un peu normalement et de continuer de pouvoir partir 1x/an en vacances avec mon chéri, offrir des cadeaux d’anniversaire et noël à ma grande famille, …


Une partie de moi ne veut pas subir l’appauvrissement. Mais c’est un fait. Je suis redevenue plus pauvre qu’avant. Je gagne moins d’argent qu’avant. J’ai moins d’avantages. La vie coûte plus cher aussi. Et c’est toujours plus dur de retrouver un état de compte en banque honorable après des mois de découvert…

Je paie moins d’impôts. C’est le signe que je me suis appauvrie. Ce qui est difficile c’est d’évoluer dans un environnement riche. J’ai toujours été de toutes façons entourée par plus riches que moi. La faute aux études, la faute à la vie. J’ai toujours été entourée de gens très riches enfant dans la campagne Yvelinoise huppée où nous avions atterri en rentrant des caraïbes, et les études supérieures font qu’on côtoie des gens d’un milieu forcément plus aisé qu’ailleurs…

Alors évidemment en étant à Paris, en bossant dans les RP et fut un temps dans le luxe, alors là j’en ai pris plein la tronche. Je n’en ai jamais forcément souffert parce que le luxe pour moi ce n’est pas se payer un sac Balenciaga à 2000€ et passer son temps dans des restaus branchouilles à 60€ min. par tête. Le luxe pour moi n’est pas non plus forcément aller en vacances dans des hôtels de luxe…

Par contre, le luxe de ne pas avoir à se soucier de sa fin de mois, la possibilité de décider de partir quelque part en vacances, de pouvoir s’offrir un bel objet sur un coup de tête juste parce qu’on en a envie, oui ça, ça me manque de ne pas pouvoir évoluer avec cette sécurité là.

C’est difficile d’admettre qu’on vit moins bien à 37 ans qu’à 32 … pas moins bien dans ma tête et dans ma vie, mais moins bien car financièrement moins confortable. Je n’ai pas de biens. J’ai des meubles IKEA, j’ai une vieille télé qui date de l’an 2000, je n’ai pas de belles pièces en vêtements ou en sacs. Je n’ai pas de grande marque, je n’ai pas de bague Chaumet ou Mauboussin … je pense que si on me cambriolait il n’y aurait pas grand chose à en retirer…

A mon âge, mes parents étaient déjà propriétaires, avaient des beaux meubles d’antiquaires, … Moi je m’assume c’est déjà ça. Mais je m’assume de façon un peu bancale quand même. 

Souvent j’engueule ma plus jeune soeur qui fantasme sur l’argent facile, gagner au loto, et j’en passe. Je l’engueule et je lui dis qu’elle doit arrêter de planer. Mais au fond moi aussi je pense à des solutions miracles. Je me dis que je dois reprendre l’écriture, me démerder pour faire publier mes manuscrits qui traînent, je me dis que si je n’ai pas d’augmentation significative à la fin de l’année je prendrai un statut d’auto entrepreneur pour gagner plus.


Je me demande comment font les gens vraiment pauvres, surtout à Paris. Je vois des collègues moins payés que moi, plus jeunes aussi. Pas un ne déjeune à l’extérieur. Tout le monde s’amène sa bouffe. Côté fringues, on voit bien que H&M est fournisseur officiel, que les quartiers chinois pour les chaussures sont reconnus et que pour la bouffe c’est franprix plutôt que Monop. Et quand je regarde les infos, je me dis que je dois faire profil bas et ne pas me plaindre. Je ne me plains pas. 

Mais je constate que je suis de cette génération qui vit moins bien que ses parents. Je constate que je suis de cette catégorie qui ne peut pas partir en WE même avec Easyjet parce que soudain j’ai envie et que je peux. Je constate que je dois regarder les prix quand je vais faire mes courses. Je constate que ma seule porte de sortie pour le moment c’est de MOINS consommer. Pas moins bien, mais MOINS. Mieux.

Sûrement ça a du bon car ça m’oblige à être plus mature. Sûrement ça éduque mon côté cigale et dans le déni de l’argent…. mais ça m’angoisse aussi.

On vit dans une société qui culpabilise les pauvres, qui aiguise les frustrations, qui rend le désir de consommer insupportable, donc il faut l’assouvir, mais sûrement, la vérité de la vie est ailleurs…car vivre bien, ce n’est pas nécessairement s’acheter plein de choses ou voyager super loin pour prouver au monde qu’on fait des choses trop cools… par contre, ne plus raisonner comme ça veut dire qu’on accepte d’aller à contre courant, que quelque part on se coupe d’une certaine vie sociale…

Mais je crois que ça me va… c’est peut être ça aussi vieillir… Se dire que ce n’est pas ça le plus important…Se le dire et le penser vraiment… je vais bien finir par y arriver 🙂

Et vous ça se passe comment les fins de mois ? 😉




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4 réflexions au sujet de « SUIS-JE EN TRAIN DE DEVENIR UNE NOUVELLE PAUVRE ? »

  1. Iahiah !!! Merci pour ton post. J'ai le meme cheminement et la meme conclusion. Je suis constamment a decouvert mais suis consciente de cette socièté de conso comme toi, dont nous sommes aussi les actrices. Pas de vraie soluce mais contente d etre lucide et pas totalement moutonne. Ca fait Plus souffrir mais une fois que les yeux st ouverts dur de les fermer ! Lisadol

  2. Texte simple mais tellement réaliste et familier…et oui, les trente glorieuses sont bien terminées et notre génération vit en « flottement » perpétuel. Travail, famille, loisirs deviennent du luxe et des privilèges. La crise (ou succession de plusieurs crises depuis les années 80) n’arrange rien et creuse l’écart entre les pauvres/moyen et les riches/très riches. Mais lorsque l’on travail, paye des impôts, des crédits (et même prendre des crédits pour payer ses impôts ! un comble), c’est difficile de ne pas vouloir dépenser pour soi, ne serait-ce qu’un peu, pour avoir l’impression que cela à du sens. Cela fait 20 ans que naïvement, je me dis que la situation va se stabiliser et que cela ira mieux (j’ai 36 ans). Et en fait, ben non, au contraire, cela se creuse. Plus le temps passe, et plus les fins de mois sont difficiles. Les salaires stagnent, les prix augmentent (merci l’euro), les impôts grimpent, des taxes ou contributions de toutes sortes s’ajoutent…Forcement, un jour tout va s’écrouler. Seules les valeurs humaines peuvent nous sauver de ce cataclysme économique.

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