Travailler plus, pour gagner plus…. mais juste pour payer les impôts… (coup de gueule sur les inégalités sociales persistantes)

Ce soir chers lecteurs, j’ai les boules. Et j’ai besoin de vider mon sac.
Je vais essayer de vider mon sac avec décence vis à vis de ceux qui ont encore moins que moi.

Je vais essayer d’expliquer une situation à la con. Celle de la classe moyenne qui vire doucement mais sûrement vers la catégorie « nouveaux pauvres ». Pas encore trop précaire, mais déjà qui tire bien la langue.

J’ai toujours été bosseuse. Depuis mes 14 ans, j’ai toujours travaillé à côté de mes études. Baby_Sitter, Vendeuse / manutentionnaire dans le commerce, j’ai toujours bossé. La valeur de l’argent, mes parents me l’ont apprise. J’ai fais des stages quasi gratos à bosser comme une dingue pour faire mes preuves et apprendre. Sans compter.

Néanmoins, j’ai eu de la chance dans mon parcours. Sûrement plus que « la moyenne ». Et puis j’ai connu le chômage. La première fois, pour des raisons économiques. J’ai vécu sur mes carences, et hop, j’ai retrouvé du travail. Une deuxième fois par erreur de choix. Là encore, carence et hop, j’ai de nouveau retrouvé du travail avant de toucher les Assedic. J’ai toujours bien payé mes impôts. La troisième fois que je me suis retrouvée au chômage, cette fois plus longtemps, j’ai été contente de pouvoir bénéficier d’aide financière de Pôle Emploi.

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Rien de réjouissant parce que vivre avec 60% de son brut, je peux vous assurer que les fin de mois sont vraiment raides.

Alors quand j’ai retrouvé un travail pour lequel j’ai du faire de grosses concessions de salaire, je me suis accrochée. J’ai donné tout ce que je pouvais. J’ai ravalé mon honneur, mon orgueil, j’ai fait profil bas et je me suis accrochée à mon boulot. Je me suis défoncée. J’ai refait mes preuves. Comme une débutante. J’ai remonté la pente. Je me suis donnée les moyens de la remonter. Je ne sais que trop que même si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue tellement que ça serait idiot de le nier.

Alors à force d’efforts, j’ai pu regagner au fur et à mesure un niveau de salaire un peu meilleur. Oh bien sûr, je n’ai pas encore réussi à me réouvrir un PEL ou prendre une nouvelle Assurance Vie mais bon… j’ai de quoi payer mon loyer Parisien et mon quotidien. Rien de dingue. Je ne suis pas prête de m’acheter le dernier Balenciaga ou Longchamp ou de m’acheter une paire de Todd’s, même en soldes. Je reste une client de chez Camaïeu, H&M, Gap (en soldes) – A 38 ans, pas mariée, sans enfants, vivant à Paris, je peux toujours me brosser pour espérer être un jour propriétaire.

De toutes façons, pour être proprio faut pouvoir emprunter… et quand on a pas d’apport, ça semble franchement mal barré.

Oui mais quelle idée aussi d’habiter à Paris, quelle idée de pas être mariée avec deux gosses ? Mais oui franchement qu’est ce qui me prend ? Eh bien d’une part j’ai envie de dire que je n’ai pas forcément le choix et quand bien même je l’aurai, je me dis que j’ai encore le droit de pouvoir choisir la vie que je veux non ?

Mais voilà. Après avoir bien donné, et voté pour une meilleure justice sociale, ça me fait un peu mal au cul (oui j’écris le mot entier) de voir ce qu’on me demande de payer en impôts.

Ok c’est la crise. Ok. Je veux bien payer plus d’impôts si je gagne mieux ma vie. ça semble juste. Mais je voudrai être sûre que ce que je donne va bien aux bonnes personnes et pour les bonnes choses car voyez-vous, ça je n’en suis pas si sure.

Mon frère handicapé mental de 20 ans, il n’en voit pas des masses la couleur des impôts que je paie. Et il n’est pas le seul. Tellement loin d’être le seul. Payer le DOUBLE des impôts chaque mois l’an prochain + un réajustement 2x ce que j’avais prévu pour la fin de cette année, sans que mon frère et les plus fragiles comme lui en voient la couleur, ça me fait CHIER.

Me dire que moi, nana trentenaire bien tassée, qui bosse honnêtement, je paie pour des mecs qui peuvent se barrer à la retraite à 50 ans ou des Enarques / Haut fonctionnaires qui eux ne paient pas d’impôts (au passage), ça me fait CHIER.

Savoir que je paie un max d’impôts et que ça ne va même pas résoudre le problème de la crise ou des retraites, je me dis qu’il y a un truc qui cloche. Savoir que c’est finalement toujours la classe moyenne qui trinque le plus et qu’à ce rythme là elle va disparaître, je me dis qu’il va peut être être temps de se rebiffer nous aussi et d’arrêter d’accepter d’être pris pour des JAMBONS !

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En attendant, la petite augmentation pour laquelle j’ai durement travaillé, je ne vais pas en voir la couleur. Non seulement je ne vais pas en voir la couleur, mais en plus, mon niveau de vie baisse. Mon loyer augmente, mon quotidien augmente (alimentation, soins, transports, électricité), mais mon salaire lui n’a pas augmenté… Mes impôts, eux, oui.

Alors ok. Je veux bien comprendre qu’on est en temps de crise et qu’il n’y a pas le choix. Je veux bien m’estimer déjà heureuse d’avoir un travail, un toit, de quoi me nourrir, me chauffer, m’habiller… Mais,je travaille pour quoi en fait ? … Une question que je me pose souvent c’est : mais ça sert à quoi de vivre comme ça ? Il est où le plaisir là ? Quand est ce que je profite vraiment du fruit de mes efforts ? Je voudrai bien voyager, aller à New York, à Bali, en Australie même, dans un Gîte en Bretagne en WE (oui même ça) – mais je ne peux pas !

Même un WE à 300€ je ne peux pas. Je ne peux pas assurer un coup dur. Si j’avais un coup dur, je serai obligée d’emprunter. Pas emprunter pour devenir proprio et me lâcher chez Leroy Merlin, non. Emprunter pour affronter un coup dur.

Parfois je me dis : ma vieille. Tu veux des enfants mais avec quel fric tu paierais la nounou ou la crèche ?

Souvent je me dis : mais comment ils font les autres ?

Ils deviennent débrouillards, roublards, manipulateurs, ils apprennent à déjouer le système ? Certains apprennent à le faire et franchement, je comprends qu’ils le fassent.

Je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’apprends juste à recadrer mes attentes, gérer ma vie autrement. Je deviens une décroissante malgré moi. Et puis comme je fait un régime, avec un peu de chance, mon budget bouffe va vraiment baisser puisque je mange moins…

L’autre jour j’ai lu un super article de l’économiste Thomas Piketty dans Télérama (allez c’est bon Télérama c’est pas que un journal de bobo parisien gauche catho caviar) –

Super intéressant. On y apprend et comprend plein de choses – lisez-le !

A la fin je me suis dit : mais c’est des mecs comme lui qu’il faudrait au gouvernement ! Des mecs qui savent de quoi ils parlent ! Pas des espèces de guignols pour lesquels on finit par voter sans conviction mais à défaut de mieux en se disant que ça peut pas être pire…

Des mecs qui comprennent l’économie, ses mécanismes, qui sont prêts à prendre des vraies décisions, des troisièmes voies.

http://www.telerama.fr/idees/comment-combattre-les-inegalites-les-reponses-de-l-economiste-thomas-piketty,101515.php

Une économie plus juste mais vraiment. Plus saine, plus équilibrée. L’égalité des chances en France, c’est globalement de la merde en barre. La justice sociale c’est quand même moins pire qu’ailleurs mais on n’a pas de quoi se vanter non plus. Mais la persistance de certains privilèges injustifiés, la corruption des uns, la soif de pouvoir des autres … Oui j’avoue, moi aussi je finis par dire : de toutes façons c’est tous des pourris… Je déteste quand je dis ça… j’ai l’impression d’être une beauf de base qui parle sans réfléchir…

Mais n’empêche que j’en ai assez. J’aimerai bien moi aussi « JOUIR » de la vie. Etre dans le plaisir intense… Bah oui, y a pas de raison que le plaisir et le bonheur ça soit toujours pour les mêmes !

J’en connais dans mes amis qui vont me dire : bah ouais t’as voulu voter Hollande, voilà le résultat ! Pfff… je crois que si on avait eu Sarkozy en président ça aurait même été PIRE. Mais je m’en fous de Hollande ou Sarko en fait.

Moi ce que je veux c’est comprendre déjà où va mon fric. J’ai aussi envie de comprendre si c’est vraiment la solution de payer plus d’impôts comme ça.

Je ne suis pas une grande économiste. J’ai envie de comprendre et une fois que j’aurai bien compris, si je comprends encore plus clairement qu’on me prend vraiment pour une conne, là je serai la première à descendre dans la rue. Et j’espère que toute la classe moyenne française descendra dans la rue… Parce que nous, on paie pour tout le monde… et ça, c’est loin d’être juste.

A bons entendeurs.

Et pour finir sur une touche d’humour … finalement ça ne vieillit pas :

Les filles bien dans leur peau (ou le challenge de s’assumer pour de vrai)

Aaaaaah les filles bien dans leur peau… Quand elles passent, tous trépassent.

Elles ont cette aura, cette lueur, cette aisance avec la vie, avec ce qui les entoure, une assurance affirmée.
Elles s’en foutent des autres. En tous cas c’est ce que l’on croit quand on les voit.

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Souvent, elles sont imparfaites. En tous cas aux yeux des stéréotypes de notre société.
Souvent, elles ne sont pas forcément taille mannequin, ni des reines de beauté. En tous cas selon les critères de notre société (oui oui, notre société est une société d’étiquettes même si on essaie désespérément de se la jouer tolérants… c’est juste en apparence…)

Mais elles sont là. Telles qu’elles, elles existent, elles s’aiment, elles en imposent, elles sont bien dans leur peau, elles s’assument, et du coup, on les trouve belles aussi.

Enfin moi je trouve. Moi je ne suis pas comme ça. J’adorerais l’être. Mais je ne le suis pas.

Moi je suis une complexée depuis mes 15 ans avec des minces périodes de répit. La faute à je sais pas quoi. Enfin si je sais. la faute à plein de choses trop longues à raconter et qui ne servent à rien de raconter. Avec le temps on se dit, OH ça va forcément passer. Passé 35 ans, sur la route des 40, on s’assume forcément, on n’est plus aussi victime des diktats de la mode et des critères sociaux comme à 25 ans… c’est vrai. Mais dire que ça disparaît, que nenni !

Depuis mes 15 ans, je me bats contre 15 kilos qui s’en vont et qui reviennent… qui sont un peu trop revenus ces dernières années et que j’ai de moins en moins l’énergie de faire partir… d’abord parce que le corps dit stop. Et puis le cerveau aussi. Manque de volonté ? Non. Peut être. En fait je ne sais pas. Le découragement est plus rapide. De la volonté j’en ai tellement eu, jusqu’à l’épuisement.

Alors je passe par des phases où je me dis: le jour où je m’assumerai, en fait, tout s’arrangera et tout partira… hmmm… euh… A ce rythme là, j’y serai encore à 60 ans ! Mon cher Nutritionniste diététicien endocrinologue très connu sur la place parisienne qui me connaît depuis 10 ans – et qui donc connaît un peu toute ma vie rock n roll m’assure que le jour où j’aurai un enfant, tout se rééquilibrera (que Dieu l’entende ainsi que Sainte Marie de la Wouine et mon satané X Fragile aussi, merci) – Il a sûrement raison.

Mais pour moi ça ne marche pas comme ça. Pour moi, je dois d’abord arriver à ce point d’équilibre, pour qu’ensuite tout s’enchaîne. Je sais que j’ai tort, mais rien n’y change. Je sais que je pourrai aussi m’assumer, m’aimer aussi comme je suis (ouais bon ça va c’est vrai je suis pas non plus un gros thon albacore !) – mais là c’est carrément au dessus de mes forces. M’aimer comme je suis? Non mais ça va pas la tête ? Nan. Je peux m’aimer, mais en mieux.

Pour plein de raisons, je sais que tout serait mieux sans ce poids dans ma vie. Ne vous en faites pas j’ai fait une psychothérapie. Le lien du poids avec les poids qu’on a dans sa vie, tout ça… j’ai fait le tour de la question. Mais en attendant, ça fait pas avancer mon schmilblik. Etre vraiment bien dans ma peau. M’assumer.

D’ailleurs, je réalise aussi que même avec 15 kilos de moins je serai dans l’embarras aussi. Oui parce que quand on me dit que je suis jolie ou que je mets une photo sur facebook réussie et qu’on me dit : ah wouaaah super la photo, sur le moment je suis flattée, évidemment. Mais ensuite j’ai juste envie de me planquer et de la retirer la photo qu’on en parle plus et qu’on me laisse tranquille, seule, loin des regards…

Un truc d’X Fragile? Peut être. Une difficulté à gérer le pouvoir de séduction ? Le regard des hommes ? Ouais je vous vois venir les psy avec vos grands sabots…

Peut être, peut être, sûrement. En attendant, concrètement, être vraiment bien dans sa peau, s’assumer pour de vrai, c’est pas si simple et évident pour plein de personnes. Même des garçons et pour beaucoup de filles, ça c’est sûr. Je le vois autour de moi.

Des discussions interminables, 100% répétitives, inlassablement, toutes les filles ont des soucis avec leur image, avec leur corps, avec leur apparence et ce qu’en pensent les autres…

Moi je suis qu’un exemple dans une multitude.

ça me fait bien marrer ces discours de tolérance, ces campagnes marketing spécial dodues tout ça… Bon. C’est quand même mieux que rien. Mais la vérité c’est qu’on est une société (en France et beaucoup à Paris) qui juge selon le poids qu’on fait et les fringues qu’on a. Et c’est d’ailleurs souvent déterminant pour la carrière professionnelle dans certains milieux… Alors clairement, on n’est pas aidé …

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Alors YAPLUKA FOKON !

Ouais. On va essayer. Et après, si ça marche toujours pas, on ira se faire voir chez les grecs.

Allez, à vous !

NB: photos trouvées sur Google Images (merci d’avance !)

Je ne suis pas une fille à talons … (mais j’essaie)

Je ne suis pas une fille à talons… j’essaie, mais rien à faire. Je ne suis pas une fille à talons.

Je suis la fille qui fantasme devant les vitrines de chaussures, qui craque, qui les achète, qui les mets 3 fois et qui ensuite en désespoir de cause les donne ou les vend sur leboncoin.

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J’adore les talons. A regarder. Je les adore sur des filles que je vois dans la rue. C’est féminin, c’est élégant, c’est séduisant, c’est sexy. ça plaît aux mecs.

Mais sur moi, ça ne marche pas. Je me sens endimanchée, pataude, lourde, totalement tarte.

Alors évidemment si j’étais plus svelte et élancée, plus légère, je me dis que je pourrai virevolter haut perchée sur des talons fins même aiguilles. Mais j’aime moins les talons aiguilles. J’aime pas les talons mastoques non plus. J’aime les talons qui donnent vraiment de l’allure. Toute sortes, sandales, escarpins, bottes …

Mais la vérité c’est que je crois que mon squelette, mes pieds de petit hobbit, mes orteils, n’aiment pas les talons. Il paraît que les Louboutin sont tellement confortables … mais je n’ai pas l’argent pour me payer des Louboutin. Et même lorsque j’étais dans une période svelte et élancée, les talons ne m’aimaient pas pour autant.

Alors j’essaie d’autres chaussures à talons. Et puis au bout d’une journée, j’ai tellement mal aux pieds que je rêve que d’une chose, c’est marcher pieds nus ou enfiler des bons godillots souples avec les pieds bien à plat !

Les ampoules, la cambrure des pieds qui n’adhère pas à la cambrure de la chaussure, les petites brides vicieuses qui te scient la peau, les lanières en tous genres qui recouvrent les orteils et les rendent douloureux, le pied qui glisse inexorablement provoquant des frottements de la voûte plantaire sur la semelle ou heurter l’orteil sur le dessus de la chaussure… Faut être une fille pour comprendre…

Des amies qui ne vivent que en talons, me disent que c’est une question d’habitude. C’est de ma faute. J’ai trop vécu en converses, en doc (ado les Dr. Martens), et autres chaussures souples, même en tongs et pieds-nus… alors je suis foutue.

Et puis un jour, j’ai découvert les sandales compensées, les semelles de liège, des versions presque orthopédiques de la chaussure à talons… Léger, sans risques… A priori.

Alors j’ai cédé. J’ai acheté cette belle paire de sandales, triomphante, persuadée que cette fois-ci, tout irait bien et que tout serait parfait et que moi aussi j’aurai de l’allure avec 10 cm de plus !

Déjà il y a des règles. Ne JAMAIS porter de talons les jours où il faut beaucoup marcher, voire courir et encore plus quand il fait chaud. Mais ça, je l’avais oublié. Evidemment, je me suis empressée d’enfiler mes sandales avec mes orteils passés au vernis, sauf que … j’étais en retard. Retard = courir, marcher vite, trottoirs instables = pieds sur échauffés en fin de journée, chevilles tordues, démarche pitoyable… Enfin je crois.

Je crois qu’il faut se faire une raison. Il y a les filles à talons, et il y a les autres. Moi je ne suis pas une fille à talons. Parfois j’essaie, je tiens le coup, parfois. Souvent pas.

Non, non, non. Je ne serai jamais la femelle fatale ultra sexy aux longues jambes interminables terminées par des armes de séduction massive.

Après tout on peut avoir du style, être fatale et avoir du sex appeal en étant à plat aussi ? Non ?

Hugo, mon frère X Fragile, handicapé mental, a le droit d’avoir une vie adulte digne et adaptée.

J’ai peu le temps d’écrire en ce moment et je ne suis pas au meilleur de ma forme… En général c’est quand je commence à me sentir un peu mieux, qu’enfin les mots arrivent jusqu’au bout de mes doigts et sur mon clavier.

Parfois j’ai l’impression comme on dit vulgairement de « pisser dans un violon troué ». J’ai tellement écrit sur le handicap mental, sur l’X Fragile, sur les aberrations de notre système, nos 20 ans de retard par rapport aux pays anglo saxons outre atlantique, sur l’intolérance et le rejet de la société, que par moments je me dis : A quoi bon ? Je me demande à quoi ça sert car je vois que passé 20 ans, les parents d’enfants handicapés mentaux (autistes, X Fragile, Trisomiques et j’en passe) galèrent toujours autant : administratif, prise en charge, accueil adapté, places dans les IME, rééducation, corps enseignant spécialisé pas formé, psychologie à deux balles …

ça ne change pas. C’est toujours aussi exaspérant, toujours aussi épuisant, toujours aussi révoltant.

Mais non je tiens bon, je continuerai de me joindre au côté de mes parents, au coté des familles, je persisterai moi aussi, quitte à descendre dans la rue, quitte à aller camper devant l’Elysée, quitte à m’épuiser à en crever, quitte à faire de la prison s’il le faut. Je ne vois pas pourquoi mon frère et tous les autres enfants et adultes comme lui n’auraient pas le droit à une vie digne et adaptée.

Hugo a 20 ans. Il est X Fragile en mutation complète. Il est diagnostiqué désormais dans la catégorie moyen à sévère parce qu’il ne sait pas s’essuyer tout seul aux toilettes. Et puis Hugo, comme tout X Fragile a des problèmes de concentration. Au bout de 5 minutes il décroche. C’est comme ça.

Hugo n’a jamais pris un seul médicament pour son cerveau. C’est un choix. C’est un choix qu’on assume tous parce que son X Fragile ne partira pas. La thérapie génique qui effacerait la maladie n’existera pas de son vivant a priori. Enfin on peut toujours rêver mais la thérapie génique a encore un long chemin a parcourir.

Donc Hugo a une maladie génétique très proche de l’autisme dans son expression mais c’est pas non plus complètement de l’autisme. Mais on retrouve toujours l’évitement, l’hyper anxiété, le besoin de rituels, la répétition, l’écholalie… ça fait des années maintenant. On est habitué. Tu vas où Yiayia répété 20 fois en 15 minutes. Tu fais quoi Yiayia ? On mange quoi demain ? Demain étant ce midi, ce soir, l’espace temps de Hugo c’est pas comme le nôtre.

Mais c’est notre Hugo. C’est mon Hugo. Mon frère que j’aime de toutes mes tripes, de tout mon coeur. Il sera toujours une priorité pour moi. Hors de question qu’il soit malheureux.

Et donc Hugo a bien sur du intégrer le circuit des handicapés mentaux en France lui aussi… On a beau être une famille folklo et pas standard il y a une solidarité familiale qui dépasse tout. On peut se déchirer entre nous ça nous regarde mais dans l’adversité on se serre tous les coudes. ça doit être ça l’esprit tribal. Un truc assez animal et instinctif dans ma famille.

On veut bien faire de la psychologie, moi la première mais à un moment donné il faut savoir faire confiance à son instinct et à la nature.

Et donc Hugo doit désormais avoir un « projet de vie d’adulte ». ça me fait toujours bien marrer ce vocabulaire qu’ils emploient dans les IME… Et puis voilà quoi. Au bout de 12 ans passés dans l’IME, Hugo doit débarrasser le plancher parce qu’il n’y a plus assez de place. Alors la direction fait tout pour qu’Hugo s’en aille. Mais voilà. Il y a une loi qui existe : la loi CRETON qui dit que si on ne trouve pas de projet de vie adapté à Hugo, ils doivent le garder une année supplémentaire.

C’est là que les choses vont se corser… Hugo est en externat. Il a besoin de sa maison, de sa famille, de rentrer chez lui. Alors déjà, trouver des établissements pour adultes handicapés mentaux c’est la croix et la bannière mais en plus en externat, en plus pas trop loin du domicile, en plus adaptés, alors là, il faut se lever de bonne heure… Mon frère est à Saint Germain en Laye en IME. On lui a proposé un établissement à Sartrouville. Ok. Il faut bien être ouvert et s’adapter alors Hugo a fait un mois d’adaptation. Seulement voilà. L’établissement proposé est glauque à mourir. Du personnel pas vraiment formé, des personnes profondément handicapées, bien plus que Hugo,… bonjour l’ambiance et l’angoisse. ça sent l’hopital… et là on se prend les dirigeants qui essaient de vous baigner de leur psychologie de comptoir pour vous convaincre… Forcément, l’établissement est neuf (ce qui en soi est une bonne nouvelle) mais voilà. c’est pas pour Hugo en fait. Déjà que c’est dur pour Hugo de quitter un endroit qui a fait son bonheur pendant 12 ans (bien que moi j’ai un avis très mitigé sur son IME j’y reviendrai), c’est juste insupportable de se dire qu’on l’envoie dans un parc où on entrepose des personnes déficientes qui attendent de manger, prendre leurs médicaments et avoir de vagues occupations…

Sans oublier les 2h de taxi quotidiennes…

Mais je crois que ce qui me hérisse le plus et me mets hors de moi c’est le bilan que les « professionnels » de son IME actuel ont fait de lui. La preuve par l’exemple. La preuve irréfutable qu’ils n’y connaissent RIEN à l’X Fragile, qu’ils ont une vision, image de mon frère soit totalement malhonnête, soit déformée par leur totale ignorance… je préférerai presque la deuxième option.

Moi mon frère je le connais, je sais comment il fonctionne. Il est simple Hugo. Il aime ou il aime pas. Quand on sait le prendre, quand on sait passer le temps qu’il faut il est capable de faire des tonnes de choses. Et il aime faire plein d’activités Hugo. Il faut juste le connaître, connaître sa maladie, accepter ses limites, RESPECTER ses goûts et ses envies. Un peu comme un être humain « normal » en fait !

Mais ça doit les dépasser d’être aussi simple dans ce milieu de psy et fonctionnaires.

Alors oui je suis en colère. Et encore je mesure ma colère dans mon blog car j’ai une révolte en moi qui pourrait être d’une violence nucléaire.

J’en ai assez de lire autant de conneries, d’entendre autant d’inepties. La vérité c’est que soit il n’y a pas assez de moyens pour les handicapés mentaux, soit le budget est géré par des bras cassés et super mal géré. La vérité c’est qu’il n’y a pas de professionnels correctement formé de la simple aide ménagère à la direction. Alors on vous balance de la psychologie de comptoir, des grandes phrases, on vous parle de bien être, de thérapies par les massages alors que ce qu’il faudrait c’est de la vraie psychomotricité intensive, de l’orthophonie à gogo, des activités manuelles réelles avec le temps nécessaire, le personnel formé adéquat …

Alors si Madame Carlotti et tous les députés qui traitent du sujet lisent mon blog, je veux bien vous rencontrer – promis je resterai calme et polie – et je veux bien les emmener faire une tournée des IME et centres pour adultes, je veux bien les faire rencontrer des familles de vrais gens, qui se battent depuis des années pour faire valoir leurs droits, le droit à une vie digne de leurs enfants petits et grands.

Alors ok c’est la crise, ok la misère dans le monde et tout le reste; On sait tout ça et ça nous bouleverse aussi… vraiment. Mais ce n’est pas une raison pour laisser mon frère Hugo de côté, lui et tous ceux comme lui, qu’ils soient X Fragile, Trisomiques ou autistes.

Moi je parle au nom de tous les handicapés mentaux. Il faut une amélioration globale significative qui implique des soins spécifiques et adaptés à chaque maladie et à chaque personne. Ce sont des personnes. Ce sont des êtres humains. Pas des sacrifiés. Je ne l’accepterai jamais. Jamais.

Aussi longtemps que je vivrai je me battrai pour le droit à une vie digne pour ces formidables personnes car souvent, toujours, ce sont des empêcheurs de devenir cons. Ils sont beaucoup plus vrais que nous tous. On a beaucoup à apprendre d’eux. Je vous le dis.

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Comme dit la chanson de Passenger, Life’s for the Living

L’insoutenable violence de l’être. L’insoutenable violence de notre société.

Difficile de passer à côté de l’actualité des dernières 24H

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/06/06/l-auteur-presume-de-l-agression-contre-clement-meric-interpelle_3425537_3224.html

Au delà de toutes les questions politiques qui entourent ce drame, la question que tout le monde se pose c’est POURQUOI ?

On a envie de comprendre. Pourquoi ? Pourquoi en arrive-t-on là ? Pourquoi est ce qu’un jeune étudiant politiquement engagé (un peu normal quand on a 19 ans, qu’on fait sciences po Paris, qu’on sort d’une leucémie… ) se fait tabasser à mort comme ça ? Peu importe s’il était activiste, peu importe s’il était peut être provocateur avec ces groupes extrémistes, peu importe tout, il ne méritait pas de se faire tabasser à mort par des gros fachos cinglés.

http://www.rue89.com/2013/06/06/clement-meric-militant-antifa-radical-introverti-243063

Le drame, c’est que cette violence, elle n’est pas soudaine. Elle existe bel et bien, plus ou moins visible à titre individuel, plus ou moins intense mais je trouve que nous vivons dans une société violente. Une violence multiformes qui s’exprime parfois par des événements comme celui là, qui tout à coup nous laissent sonnés, bouleversés, ne comprenant pas ce qui se passe …

On imagine alors plein de raisons : la crise économique, sociale, la violence à la télé, les déchirures familiales, le manque d’éducation, le manque de structure de vie, le manque d’encadrement familial, le manque de tout … On essaie de comprendre, POURQUOI ? Pourquoi certains basculent totalement de l’autre côté ?

Moi la violence je la côtoie quotidiennement. J’ai été exposée jeune à la violence. Quand je suis rentrée des Caraïbes dans mon école bourgeoise des Yvelines, j’en ai pris plein la gueule pendant un an parce que j’étais un peu décalée et différente. Je parlais anglais, je ne connaissais même pas le gros mot merde. Ma sœur plus jeune, a vécu des années de souffrance à l’école. Un miracle qu’elle ne se soit pas suicidée. Insultes, bandes entières contre une, racket, moqueries, coups, elle a tout eu parce qu’elle était un peu différente.

Etudiante, je me suis fais insulter, serrer dans le RER par des mecs qui suçaient leur majeur en me regardant, un cutter à la main… j’ai tenu le coup en me disant que si je restais sereine j’arriverai entière à la dernière station où je descendrai enfin … J’ai défendu des adolescentes qui se faisaient emmerder par des bandes de salopards sans respect, seule dans le wagon sans un mec qui se lève …

J’ai sorti par le col des petits cons qui essayaient de voler des chocolats dans le magasin de ma mère à une autre époque…

Mon autre jeune sœur qui va rentrer au lycée m’a raconté des scènes de violence inouïes dans son collège avec la C.P.E qui s’est fait tabasser à coup de barre de fer par un élève…

Et les histoires de suicides d’adolescents même d’enfants pour cause de harcèlement … c’est de la violence pure ça aussi. A tel point qu’on doit faire des campagnes de sensibilisation comme celle ci

c’est de la violence insoutenable. De la cruauté indigne.

J’ai un frère handicapé mental. Je crois qu’une de nos plus grandes angoisses à ma mère et moi c’est que mon frère se fasse agresser par des cinglés.

On a peur parce que ça arrive. On a déjà entendu des histoires comme ça … gratuitement, comme ça, juste parce que ça devait les faire délirer…
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/29/01011-20091029FILWWW00485-handicape-agresse-3-mineurs-arretes.php

ça me rends dingue… cette violence me détruit. Pire, cette violence génère en moi une violence immense provoquée par la révolte que je ressens.

Nous sommes une espèce dangereuse nous les êtres humains. Nous avons la capacité de nous lobotomiser mutuellement, de nous embrigader sans réfléchir, de suivre comme des moutons des idées totalement absurdes, bêtes, ignobles, parce que c’est plus facile que de se voir en face et se poser les vraies questions.

Et puis il nous faut toujours des coupables. Il nous faut toujours des responsables de notre malheur. Surtout pas nous mêmes…

Il y a quand même de quoi s’interroger. Jamais on aura autant prôné la tolérance, la psychologie, l’écoute, le pacifisme et pourtant, tout le monde (moi compris) s’accorde à dire que notre société est décadente, qu’il n’y a plus de respect, que c’est l’individualisme à tout va, la quête à la jouissance personnelle, toujours plus, toujours mieux … Qu’est ce qui se passe ? Est-ce la faute à ce système que nous avons nous même crée ? Avons nous crée notre propre enfer ? Est ce que c’est cette course effrénée vers le bien-être individuel basé sur des mauvaises valeurs comme la consommation matérielle qui nous amène à cette hyper violence?

Nous sommes une société sacrément hypocrite … On critique on dénonce cette violence mais l’audience des Experts Las Vegas, Miami, Manhattan, Dexter, Nip Tuc, les films avec Ryan Gosling, même Game of Thrones cartonnent, et tous font l’apologie de la violence. Et en PRIME TIME Messieurs Dames. Alors on censure le porno mais ça ne dérange pas au film du soir que les enfants regardent des mecs qui se font tabasser, torturer, le tout avec l’hémoglobine qui va bien…

Et puis soudain, on a une aberration de politicien, M. Debré qui va déclarer que ce qui est arrivé à Clément Méric est la faute aux jeux vidéos… Décidément, il y en a qui n’ont peur de rien en politique… Alors peut être que CERTAINS jeux vidéos contribuent eux aussi à une déformation de la perception de la violence envers autrui mais faudrait peut être que Monsieur Debré remette les pieds sur terre… Le problème est global, profond… On est en train de payer des années de déconnade sociale complète.

http://www.rue89.com/2013/06/06/agression-clement-meric-les-jeux-hyper-violents-pointes-bernard-debre-243048

Avec un peu de chance, tout n’est pas foutu et nous allons tous réagir individuellement à faire progresser notre société car je crois plus à la révolution individuelle que globale. Avec un peu de chance l’innocence a encore sa place dans notre société. Avec un peu de chance, les enfants pourront sortir à vélo sans risque de se faire enlever, violer et dépecer… Avec un peu de chance on pourra encore avoir un avis engagé sans risquer pour sa vie… Avec un peu de chance on pourra avoir le droit d’être différent sans être montré du doigt, jugé, critiqué et moqué.

Avec un peu de chance un jour nous deviendrons une vraie société d’humains intelligents, sensibles, tolérants, dénués de préjugés… avec un peu de chance, les enfants pourront se bagarrer à l’école, auront des genoux écorchés, des coquards et des bleus mais n’y laisseront pas leur vie.

Avec un peu de chance, les enfants redécouvriront le sens du mot enfance.

Avec un peu de chance, nous saurons redevenir plus simples, plus proches de la nature, et peut être, peut être, avec un peu de chance, chacun reprendra sa place comme il faut et la violence ne restera qu’un mauvais souvenir…

On a le droit de rêver non ?

Je n’accepte pas cette hyper violence et encore moins lorsqu’elle touche des jeunes… La jeunesse c’est pas ça … La jeunesse, ça devrait être davantage quelque chose comme ça (enfin je trouve)