Ce soir chers lecteurs, j’ai les boules. Et j’ai besoin de vider mon sac.
Je vais essayer de vider mon sac avec décence vis à vis de ceux qui ont encore moins que moi.
Je vais essayer d’expliquer une situation à la con. Celle de la classe moyenne qui vire doucement mais sûrement vers la catégorie « nouveaux pauvres ». Pas encore trop précaire, mais déjà qui tire bien la langue.
J’ai toujours été bosseuse. Depuis mes 14 ans, j’ai toujours travaillé à côté de mes études. Baby_Sitter, Vendeuse / manutentionnaire dans le commerce, j’ai toujours bossé. La valeur de l’argent, mes parents me l’ont apprise. J’ai fais des stages quasi gratos à bosser comme une dingue pour faire mes preuves et apprendre. Sans compter.
Néanmoins, j’ai eu de la chance dans mon parcours. Sûrement plus que « la moyenne ». Et puis j’ai connu le chômage. La première fois, pour des raisons économiques. J’ai vécu sur mes carences, et hop, j’ai retrouvé du travail. Une deuxième fois par erreur de choix. Là encore, carence et hop, j’ai de nouveau retrouvé du travail avant de toucher les Assedic. J’ai toujours bien payé mes impôts. La troisième fois que je me suis retrouvée au chômage, cette fois plus longtemps, j’ai été contente de pouvoir bénéficier d’aide financière de Pôle Emploi.
Rien de réjouissant parce que vivre avec 60% de son brut, je peux vous assurer que les fin de mois sont vraiment raides.
Alors quand j’ai retrouvé un travail pour lequel j’ai du faire de grosses concessions de salaire, je me suis accrochée. J’ai donné tout ce que je pouvais. J’ai ravalé mon honneur, mon orgueil, j’ai fait profil bas et je me suis accrochée à mon boulot. Je me suis défoncée. J’ai refait mes preuves. Comme une débutante. J’ai remonté la pente. Je me suis donnée les moyens de la remonter. Je ne sais que trop que même si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue tellement que ça serait idiot de le nier.
Alors à force d’efforts, j’ai pu regagner au fur et à mesure un niveau de salaire un peu meilleur. Oh bien sûr, je n’ai pas encore réussi à me réouvrir un PEL ou prendre une nouvelle Assurance Vie mais bon… j’ai de quoi payer mon loyer Parisien et mon quotidien. Rien de dingue. Je ne suis pas prête de m’acheter le dernier Balenciaga ou Longchamp ou de m’acheter une paire de Todd’s, même en soldes. Je reste une client de chez Camaïeu, H&M, Gap (en soldes) – A 38 ans, pas mariée, sans enfants, vivant à Paris, je peux toujours me brosser pour espérer être un jour propriétaire.
De toutes façons, pour être proprio faut pouvoir emprunter… et quand on a pas d’apport, ça semble franchement mal barré.
Oui mais quelle idée aussi d’habiter à Paris, quelle idée de pas être mariée avec deux gosses ? Mais oui franchement qu’est ce qui me prend ? Eh bien d’une part j’ai envie de dire que je n’ai pas forcément le choix et quand bien même je l’aurai, je me dis que j’ai encore le droit de pouvoir choisir la vie que je veux non ?
Mais voilà. Après avoir bien donné, et voté pour une meilleure justice sociale, ça me fait un peu mal au cul (oui j’écris le mot entier) de voir ce qu’on me demande de payer en impôts.
Ok c’est la crise. Ok. Je veux bien payer plus d’impôts si je gagne mieux ma vie. ça semble juste. Mais je voudrai être sûre que ce que je donne va bien aux bonnes personnes et pour les bonnes choses car voyez-vous, ça je n’en suis pas si sure.
Mon frère handicapé mental de 20 ans, il n’en voit pas des masses la couleur des impôts que je paie. Et il n’est pas le seul. Tellement loin d’être le seul. Payer le DOUBLE des impôts chaque mois l’an prochain + un réajustement 2x ce que j’avais prévu pour la fin de cette année, sans que mon frère et les plus fragiles comme lui en voient la couleur, ça me fait CHIER.
Me dire que moi, nana trentenaire bien tassée, qui bosse honnêtement, je paie pour des mecs qui peuvent se barrer à la retraite à 50 ans ou des Enarques / Haut fonctionnaires qui eux ne paient pas d’impôts (au passage), ça me fait CHIER.
Savoir que je paie un max d’impôts et que ça ne va même pas résoudre le problème de la crise ou des retraites, je me dis qu’il y a un truc qui cloche. Savoir que c’est finalement toujours la classe moyenne qui trinque le plus et qu’à ce rythme là elle va disparaître, je me dis qu’il va peut être être temps de se rebiffer nous aussi et d’arrêter d’accepter d’être pris pour des JAMBONS !
En attendant, la petite augmentation pour laquelle j’ai durement travaillé, je ne vais pas en voir la couleur. Non seulement je ne vais pas en voir la couleur, mais en plus, mon niveau de vie baisse. Mon loyer augmente, mon quotidien augmente (alimentation, soins, transports, électricité), mais mon salaire lui n’a pas augmenté… Mes impôts, eux, oui.
Alors ok. Je veux bien comprendre qu’on est en temps de crise et qu’il n’y a pas le choix. Je veux bien m’estimer déjà heureuse d’avoir un travail, un toit, de quoi me nourrir, me chauffer, m’habiller… Mais,je travaille pour quoi en fait ? … Une question que je me pose souvent c’est : mais ça sert à quoi de vivre comme ça ? Il est où le plaisir là ? Quand est ce que je profite vraiment du fruit de mes efforts ? Je voudrai bien voyager, aller à New York, à Bali, en Australie même, dans un Gîte en Bretagne en WE (oui même ça) – mais je ne peux pas !
Même un WE à 300€ je ne peux pas. Je ne peux pas assurer un coup dur. Si j’avais un coup dur, je serai obligée d’emprunter. Pas emprunter pour devenir proprio et me lâcher chez Leroy Merlin, non. Emprunter pour affronter un coup dur.
Parfois je me dis : ma vieille. Tu veux des enfants mais avec quel fric tu paierais la nounou ou la crèche ?
Souvent je me dis : mais comment ils font les autres ?
Ils deviennent débrouillards, roublards, manipulateurs, ils apprennent à déjouer le système ? Certains apprennent à le faire et franchement, je comprends qu’ils le fassent.
Je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’apprends juste à recadrer mes attentes, gérer ma vie autrement. Je deviens une décroissante malgré moi. Et puis comme je fait un régime, avec un peu de chance, mon budget bouffe va vraiment baisser puisque je mange moins…
L’autre jour j’ai lu un super article de l’économiste Thomas Piketty dans Télérama (allez c’est bon Télérama c’est pas que un journal de bobo parisien gauche catho caviar) –
Super intéressant. On y apprend et comprend plein de choses – lisez-le !
A la fin je me suis dit : mais c’est des mecs comme lui qu’il faudrait au gouvernement ! Des mecs qui savent de quoi ils parlent ! Pas des espèces de guignols pour lesquels on finit par voter sans conviction mais à défaut de mieux en se disant que ça peut pas être pire…
Des mecs qui comprennent l’économie, ses mécanismes, qui sont prêts à prendre des vraies décisions, des troisièmes voies.
Une économie plus juste mais vraiment. Plus saine, plus équilibrée. L’égalité des chances en France, c’est globalement de la merde en barre. La justice sociale c’est quand même moins pire qu’ailleurs mais on n’a pas de quoi se vanter non plus. Mais la persistance de certains privilèges injustifiés, la corruption des uns, la soif de pouvoir des autres … Oui j’avoue, moi aussi je finis par dire : de toutes façons c’est tous des pourris… Je déteste quand je dis ça… j’ai l’impression d’être une beauf de base qui parle sans réfléchir…
Mais n’empêche que j’en ai assez. J’aimerai bien moi aussi « JOUIR » de la vie. Etre dans le plaisir intense… Bah oui, y a pas de raison que le plaisir et le bonheur ça soit toujours pour les mêmes !
J’en connais dans mes amis qui vont me dire : bah ouais t’as voulu voter Hollande, voilà le résultat ! Pfff… je crois que si on avait eu Sarkozy en président ça aurait même été PIRE. Mais je m’en fous de Hollande ou Sarko en fait.
Moi ce que je veux c’est comprendre déjà où va mon fric. J’ai aussi envie de comprendre si c’est vraiment la solution de payer plus d’impôts comme ça.
Je ne suis pas une grande économiste. J’ai envie de comprendre et une fois que j’aurai bien compris, si je comprends encore plus clairement qu’on me prend vraiment pour une conne, là je serai la première à descendre dans la rue. Et j’espère que toute la classe moyenne française descendra dans la rue… Parce que nous, on paie pour tout le monde… et ça, c’est loin d’être juste.
A bons entendeurs.
Et pour finir sur une touche d’humour … finalement ça ne vieillit pas :






