Les aventures en tous genres d'une parisienne fraîchement quinqua, maman qui bosse (et parfois pas mais qui chôme jamais), souvent speed et râleuse mais souvent pour rire aussi et qui essaie de s'en sortir avec avec sa vie pas lisse du tout!
Depuis dimanche je me disais que je devais aller manifester. Mais j’avoue, y aller seule et voyant comment les manifs peuvent parfois dégénérer, j’avais un peu peur. Et puis j’avais peur de la récupération politique avec laquelle je n’adhère pas forcément. Mais j’avais envie d’y aller parce que je sentais que c’était important. Je sentais que si je n’y allais pas moi aussi, ça allait envoyer un mauvais signal. Je sentais qu’il fallait être en nombre, unies, solidaires, peu importe notre âge, notre milieu social, nos revenus, nos origines, nos préférences politiques. Je sentais que cette manifestation était au dessus de tout cela. Et c’était vrai.
Parce que Lyhanna, n’aurait jamais du être une victime. Elle aurait du hier soir, être en train de diner avec ses parents et son petit frère.
Il y a eu tellement de dysfonctionnements, d’erreurs dans ce funeste scénario …
Même le collège a manifestement fait une erreur puisqu’elle n’aurait jamais du sortir de l’établissement. Que s’est il passé ? L’enquête finira par le dire … En attendant, le mal a été fait.
Tout ne va pas bien en France. La justice, l’éducation nationale, la santé. Les piliers qui touchent le plus l’humain sont laissés pour compte. Et pourtant, on est le pays qui paie le plus de taxes et impôts en Europe ! Il y a quand même un problème ?
On n’arrête pas de nous culpabiliser, nous les Français, pour la dette, l’argent qu’on n’a plus … à nous dire qu’on doit travailler plus, plus longtemps parce que dans les autres pays d’Europe c’est pareil … mais non c’est pas pareil. Parce qu’eux, ne paient pas autant de taxes et d’impôts et que leurs systèmes fonctionnent mieux que nous ! Alors pourquoi ? Le problème ne vient pas de nous ! Le problème vient d’en haut ! Du manque de courage politique, de la corruption du système, de tous ces hauts fonctionnaires et autres technocrates qui se gavent depuis des années sur le dos des Français ! La caste des privilégiés. Il y a de l’argent. On en donne PLEIN à tort et à travers ! et en attendant on NE PROTEGE PAS LES ENFANTS !!!
Moi j’aimerai un AUDIT complet, indépendant, détaillé et restitué aux français sur comment est dépensé l’argent public. NOTRE ARGENT. Je suis sûre qu’on aurait des surprises. Je suis sûre qu’il y aurait des économies possible, des répartitions plus démocratiques plus justes, notamment pour les 3 piliers fondamentaux que sont : la justice, l’éducation, la santé.
On en donne à l’Europe aussi. Trop. Il n’y a aucune égalité fiscale en Europe. Comment voulez vous qu’une Europe à 27 fonctionne s’il n’y a aucune égalité de traitement ? Taxes, ressources, … Rien n’est égal et la France, considérée comme « Riche » à du payer pour les autres qui ont bien profité. Nous on doit toujours payer pour les autres, mais au final c’est nous qui sommes sur le carreau. Sur le carreau avec notre systeme : Pour 100 000 habitants, la France ne compte que 11,3 magistrats contre 24,7 en Allemagne. Même l’Italie nous bat avec 12,2 magistrats.
Hier soir, les mères, les femmes, on dit STOP. Arrêtez de nous prendre pour des cons ! Arrêtez de nous mentir ! On ne cherche pas des têtes à couper. On veut des SOLUTIONS CONCRETES ! On veut cette LOI INTEGRALE !
Des solutions possibles, qui existent, qui demandent juste du COURAGE, des ARBITRAGES JUSTES !
STOP !!! Les Français sont descendus manifester pour montrer qu’ils pouvaient TOUS se réunir. Qu’ils pouvaient tous braver leurs peurs, leurs différences, pour un système JUSTE qui PROTEGE VRAIMENT !
Hier soir j’étais fière d’être française et ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Mais j’étais triste aussi. Et je le suis toujours parce que je pense aux petites victimes. Je pense aux parents des victimes car tout cela ne leur ramènera pas leurs enfants. J’espère qu’hier ils ont senti la compassion réelle et sincère.
Alors à tous ceux qui doutent de l’utilité de manifester, quand une cause vous tient à coeur, ne doutez pas ! Allez-y ! Moi j’y suis allée. Seule. Et je n’ai pas regretté un instant.
Je n’ai pas trop eu le temps d’écrire pour le fun cette dernière année, qui s’est écoulée à la vitesse de la lumière, parce que j’ai déployé une énergie et temps dingue à essayer de rebondir avant la fin de mes maigres et courtes A.R.E. (Aide au Retour à l’Emploi) de chez France Travail. Et aussi parce que je caressais l’espoir de ne pas être au chômage pour mes 50 ans (sur ce coup là je me suis bien fourré le doigt dans l’oeil)…
J’ai aussi essayé de me mettre à mon compte en même temps mais en fait une fois que j’y étais j’ai découvert que les deux ne pouvaient plus cohabiter (merci les changements de loi) alors j’ai du choisir d’être officiellement chômeuse 100% pour ne pas perdre un centime de mes précieuses A.R.E. et me plonger corps et âme dans la recherche d’un emploi salarié en C.D.I. Même en C.D.D. et même en baissant de 30 à 40% ma valeur salariale.
Je pense que j’ai de la chance, parce que j’ai eu pas mal de processus de recrutements réels. Avec des vrais entretiens, plusieurs même, qui te font arriver en finale, aux portes des finales … mais … bah finalement non, merci, on vous trouve vachement bien, même que vous avez été dans le top 4 sur 400 CV sélectionnés (wouah trop coooooool !) … mais bon…ça me fait une belle jambe.
En un an, je suis devenue incollable en systèmes de paiement, en distribution cinématographique, en logistique et e-Commerce, en énergie nucléaire, en optique de luxe, en hôtellerie de luxe et lifestyle, en affaires réglementaires dans le carton, en échange de maisons sur Internet, en réservation d’hôtels sur Internet, en grande distribution, mais au final, je suis restée tel Poulidor, éternelle seconde, parfois même pas … avec la gêne souvent perceptible de l’interlocuteur en face chargé du S.A.V., qui te dis que t’es bonne, … mais qu’on a peur que tu sois un peu trop senior pour le poste … même si t’as dit que non, même si t’as montré un enthousiasme réel sur ton envie de bosser les mains dans le cambouis comme quand t’avais 30 ans ! Même si t’as même été capable de le dire dans un anglais impeccable.
Sorry but … voilà quoaaaa. On veut pas de toi, OLIVIAAAAAAAAAAAA !
J’ai même eu droit à un mail un vendredi soir, veille de mes 50 ans, me proposant un rdv pour debrief du processus de recrutement le lundi … mais pas de réponse claire : oui tu vas en finale, non t’es recalée. J’ai du passer le WE à vaguement espérer (mais pas trop quand même) que j’avais PEUT ETRE une chance … et le lundi, après avoir parlé de la pluie et du beau temps avec la RH, c’est moi qui ai du lui faire cracher sa Valda : Bah non … malheureusement je n’avais pas plu à la fille de la région Asie-Pacifique, qui ne m’avait posé aucune question, blasée de sa fin de journée (moi au taquet au début de la mienne), qui n’aurait même pas été ma boss mais … décision collégiale oblige … j’étais trop assurée dans ma façon de m’exprimer et je risquais de ne pas savoir gérer les « stakeholders » … Euh … PARDON ?! T’as mis 15min. à te connecter au TEAMS Madame, on a eu plus que 15 min sur les 30 pour se causer, tu me pose pas une seule question alors oui j’essaie de me vendre au max, je donne tout, et tu oses dire que j’ai trop d’assurance et que je vais pas savoir gérer les « stakeholders » ? … SERIOUSLY ? Je ne vous listerai pas les jurons qui ont accompagné ma colère quand j’ai eu le fameux débrief … enfin une fois que j’avais raccroché BIEN SUR
Ah mon ego a été largement piétiné. Mon humilité sur entraînée. Des larmes ont coulé. De la rage, du désespoir, de la frustration, de la remise en question … faut voir l’endurance qu’on peut gagner quand on est demandeur d’emploi. Cette course de fond qui nous fait passer de l’espoir au désespoir en l’espace de 2 semaines… ces périodes où on est « dans le game » comme on dit, où on se dit, purée, j’ai mes chances là quand même, les signaux sont vachement positifs, je peux y croire … Alors on commence bêtement à se projeter, à se voir ENFIN sorti de la galère, on pense aux WE qu’on va pouvoir offrir à sa fille, à l’ordinateur qu’on va lui acheter pour sa rentrée au collège, au nouveau canapé lit qu’il faudrait vraiment changer … à l’argent qu’on va pouvoir mettre de côté pour les projets d’avenir, on se dit que finalement c’était un mal pour un bien car le mieux est au bout du tunnel … et puis passé les derniers entretiens décisifs, on attend les réponses, (les jours où on nous a dit qu’on les aurait) … et les réponses n’arrivent pas … alors on commence à se sentir un peu moins bien …et la peur au ventre, l’angoisse en appuyant sur « Send » pour aller à la pêche aux nouvelles … et comme par hasard on reçoit après l’heure du déjeuner un pauvre mail automatique qui te jettes … qui te dis que ça ne remet pas en question ton talent et tes compétences mais que bon … Eh, on a trouvé mieux que toi …. Prends ça dans ta face de rat !
Je peux vous garantir que quand on se prend des déferlantes de non (parce que parfois ça tombe en escadrille sans même avoir un rdv … ça c’est quand t’as merdé avec les filtres ATS*) on en mène pas large … et perso, faut pas trop me solliciter dans ces moments là. Je me transforme en Ours des Cavernes et je suis pas trop causante. C’est un peu comme si j’étais l’ours dans la vieille pub Ricoré (ouais j’ai des Ref de boomeuse presque) … enfin des années début 2000 quoi. Il y a 26 ans. (Oui je sais, ça fait un peu mal de se prendre ça dans la tronche quand on réalise que 1975 c’était il y a 50 ans) …
*ATS : Applicant Tracking System : logiciels basés sur l’I.A., qui filtrent les CV pour détecter les mots-clés et compétences recherchés, sont devenus incontournables pour les RH des entreprises qui recrutent – (Par exemple, Workday est un ATS. Workday m’aime pas. Pourtant j’ai refait au moins 10x mon CV mouliné dans ChatGPT / Gemini / Claude … Workday, ne me veut pas).
Je vous mets la ref …
Donc oui, je suis désormais « SENIOR » sur le ‘marché du travail » et ça me saoule d’être catégorisée « bonne à jeter » alors que je suis sûrement plus geek que certaines jeunettes de 30 ans, et que je suis au courant de toutes les dernières Trends de TikTok / YouTube parce que j’ai une fille de 10 ans et demi et que grâce à ma fille, je n’ai pas basculé (trop) du côté Ringard de la Force.
Suite à un récent énième refus pour un job où j’étais PARFAITEMENT CALIBREE et entraînée à dire les bonnes petites phrases clé, à fond dans le process S.T.A.R. (Situation, Task, Action, Result), et sachant que de toutes façons mes A.R.E. (Areuh) s’arrêtent mi Juillet je me suis dit que j’allais arrêter toute cette hypocrisie et conneries et arrêter de m’échiner à essayer de rentrer dans les nouvelles cases du Salariat et faire un vrai virage pour enfin donner l’énergie méritée à ce projet de freelance que j’avais un peu amorcé mais pas trop parce que j’espérais encore pouvoir plaire à une chouette boîte pour un chouette boulot de Dircom / Manager whatever avec un salaire sécurisant et tout …
Donc oui, je me lance. Enfin j’attends que France Travail sonne le glas de la fin de mes A.R.E. et clairement je n’aurai droit à aucun sursis, c’est DEMERDEN SIE SICH Frau FUCHS (oui c’est mon nom, Fuchs, c’est Alsacien / Allemand, ça veut dire Renard tout ça … )…
Comme l’expression : « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi ».
Je n’ai plus rien à perdre, je fonce. (Et non, je n’ai pas le mindset Jean-Claude Duss). J’ai encore de l’espoir, de l’envie, de l’énergie, mais plus pour me battre contre un système vérolé, plus pour essayer de cocher toutes les cases des gens formatés et scolaires, plus pour faire semblant d’avoir 35 ans alors que j’en ai 15 ans de plus, plus pour trouver des réponses à la con à la question « Alors pourquoi vous voulez travailler avec nous ? » … Sans déconner mais arrêtez avec cette question pourrie !!!! POUR LA THUNE ! Evidemment AUSSI parce que le boulot à l’air chouette, la boîte à l’air chouette mais vous croyez quoi ? On doit payer notre loyer, notre bouffe, la cantine, et tutti quanti !
Et aussi parce que les donneurs de leçons, ceux qui ne SAVENT PAS ce que c’est que d’être au chômage, 6 mois, 1 an, 18 mois, 2 ans … qui te disent pétris de « bienveillance » « mais t’es sûr que tu fais bien ça et ça et que tu ne devrais pas faire comme ci comme ça » , qui t’envoient des liens de coachs à la con, d’articles du genre « j’ai changé ça dans mon CV j’ai traversé la rue et j’ai eu un job »… mais … mais … vos gueules en fait !!!!
Bref. Le Renard sort de sa tanière. Le Renard en Marre. Le Renard reprend sa liberté, de parole, de pensée, se rebiffe contre ce système voué à l’échec, car dites vous bien les gens: Va falloir bosser jusqu’à 70 ANS. On vieillit TOUS. L’Intelligence Artificielle rafle tout sur son passage à une vitesse phénoménale. C’est la LUTTE FINALE.
Allez a Tchao Bonsoir (Seuls les « vieux » percuteront sur mes ref.)
Je n’aborde jamais ce sujet. Mais je me suis dit que j’avais envie de reprendre un peu de blogging et que le sujet était d’actualité. ça me donne l’impression de faire un « coming out » … un peu ce sentiment de se mettre à nu devant tout le monde et de dire : oui, je suis grosse. Une petite grosse. Un mètre cube. 20kgs de trop au compteur après avoir été dans la zone des +10kgs pendant des années. Mais l’âge, la grossesse, la sédantarité parfois forcée, les hormones, le ras le bol, la déprime, le chômage longue durée, les difficultés de la vie, j’ai accusé le coup. Alors voilà, je suis la fille qui n’a presque aucune photo d’elle de plein pieds et qui n’en montre jamais.
Je suis la fille qui aimerait etre invisible pour aller à la plage, à la piscine, en été. Je suis la fille qu’on a toujours dit qu’elle était bonne vivante, bien potelée, a qui il fallait mieux faire envie que pitié.
Je suis la petite fille à qui on donnait une tranche de saucisson, un bout de gruyère, un quignon de pain parce que j’étais mignonne et que j’engloutissais tout avec plaisir et sans résistance. Je suis la fille qui chez son papi et sa mamie reprenait une 2eme part pour faire plaisir (et sûrement parce que ça me faisait plaisir à moi aussi).
Je suis la fille à l’adolescence au golfe persique qui a soudain réalisé que la séduction passait par l’apparence. Je suis la fille qui dès l’âge de 14 ans, s’est gavée d’isoméride, dinintel, Thiomucase, qui a fait du sport à outrance, s’est mesurée le pli cutané tous les mois, et qui réusissait grâce à un régime draconien à avoir cette allure presque acceptable que la société conditionnait à avoir.
Je suis aussi cette adolescente qui mangeait en cachette, qui une fois s’était fait goaler par sa mère en train de se vider une boite de chocolat en poudre dans la bouche et qui surprise par cette dernière se l’est renversée sur le visage dans son intégralité.
Je suis cette fille qui a eu un cadenas sur le frigo familial. Je suis cette fille qui a eu un père marqué par sa mere obèse et qui a lui même souffert de surpoids et qui ne voulait pas que sa fille vive la même chose et qui m’avait dit une fois en seconde: tu veux un mec ? maigris. Je suis cette fille qui a une mère toujours bien roulée après 5 enfants, mince de nature avec un métabolisme qui brûle a fond et qui m’a encouragé à être dans le contrôle pour m’éviter de souffrir et devant qui aujourd’hui j’appréhende toujours de montrer mon corps sachant que je serai forcément jugée.
Je suis cette fille qui a toujours souffert de ses kilos même quand elle n’aurait pas du, même quand ils n’étaient pas nombreux, même quand je n’aurai jamais du faire de régime.
Je suis cette fille qui se comparait tout le temps par rapport à ses copines, ses cousines, ses voisines, toutes grandes, minces, élancées, donc crédibles.
Je suis cette fille qui a toujours eu le sentiment de ne pas être légitime à juste être comme j’étais. Et ça c’est dur à admettre.
Je lis beaucoup de textes, de témoignages, je vois tous ces comptes instagram qui revendiquent le #bodypositivism , qui s’insurgent contre la #grossophobie , les mouvements type #graspolitique qui vont encore plus loin ou l’écrivaine Gabrielle Deydier et son si touchant « on ne naît pas grosse » … Tout cela me pousse peut être à apporter ma pierre à l’édifice après ces 30 années passées à souffrir, à faire le yoyo, à mettre mon corps et mon mental en souffrance pour essayer d’être celle qui me semble, qu’on me dit, être celle qui est la vraie moi, la belle, conforme, ‘healthy’ moi.
J’ai essayé. Pendant 30 ans. Avec plus ou moins de succès, plus ou moins longtemps. De la volonté j’en ai plus que quiconque et je deviens dans une colère noire quand on ose insinuer que j’en manque. Ceux qui vivent cela savent. Des années de contrôle obsessionnel, de sport à outrance même épuisée, Stop & Go. Echouer, tomber, toucher le fond, redonner un coup de collier, recommencer, s’accrocher, tenir bon, réussir, … retomber. pendant 30 putain d’années. Le poids de la culpabilité dans l’échec, l’euphorie galvanisante de la réussite. Et quand même se regarder dans la glace et se dire : naaaaan. ça va pas, c’est pas assez et je suis toujours aussi moche.
Mon visage est la seule chose que je tolère … si je ne regarde pas trop dans les détails. La vérité c’est que je m’invisibilise. Certains vont dire: si tu te sentais aimée tu t’aimerais. Faut arrêter avec ça. ça n’a rien à voir. On peut être aimé « tel qu’on est » et ne pas s’aimer soi. Moi on ne m’a jamais appris à m’aimer moi. La société, ma famille, l’entourage. On m’a toujours appris que telle que j’étais ce n’était pas bien et qu’il fallait que je sois mieux.
Ces derniers temps, le sujet me travaille davantage. Surement parce que je vieillis et que dans ma tête, tout cela fait son chemin. Sûrement parce que j’ai atteins mon maximum en poids et que ce mouvement de body positivism à l’approche de l’été et cette pression du corps estival reprend toute sa place (malgré les mois de confinement qui poussaient à relâcher la pression). Le monde d’avant reprend tous ses droits, les remarques de merde aussi et mes complexes aussi.
Hier je suis allée chercher ma fille à un anniversaire. Je me suis retrouvée la seule maman petite, grosse, entourée de 5 autres mamans, grandes, minces, bien sapées, super lookées et moi qui était plus relax. Malgré moi, ces sentiments de fille complexée sont ressortis et ça m’a déglingué. Moi qui pensais avoir dépassé ça, moi qui pensais ENFIN être au desus de ça et libérée … queudale. J’étais 30 ans en arrière, l’ado ruinée intèrieurement qui faisait comme si de rien n’était mais qui se disait qu’elle est la nulle de la bande, la pas légitime, la pas crédible, la plus moche.
J’étais en pleine conscience de cette situation que seule moi je devais ressentir même si je sentais des regards de jugement (forcément on est jugé sur son apparence surtout au milieu de mamans trentenaires branchouilles friquées parisiennes) et presque par chance, il y a eu une dispute d’enfants et j’ai pu avoir un super prétexte pour partir et arrêter cette séance de torture.
Et puis ce matin je lisais le compte instagram d’une fille activiste qui montrait le tsunami d’insultes qu’elle avait reçu suite à une photo qu’elle avait posté d’elle en maillot de bain… et ça m’a tellement mis en colère. Cette pluie de préjugés : grosse = faineante, sans volonté, forcément moche, ratée, et j’en passe.
A tous ces gens là j’ai envie de leur dire : le jour où vous aurez eu autant de volonté que toutes ces personnes que vous insultez, là où on pourra discuter. Mais d’ici là : allez tous bien vous faire cuire le cul.
J’ai toujours vécu, enfant – quasiment – avec une femme de ménage dans ma maison. On peut même dire, une bonne, puisque à l’époque, lorsque j’étais enfant, quand nous vivions à l’étranger, cela faisait partie de « l’équipement » de l’expatrié. La seule différence étant que mes parents respectaient leurs employés et elles ont toutes sans exception, été traitées avec humanité. Et moi je les aimais comme des membres de la famille.
Et puis nous sommes rentrés en France. Mon père était presque tout le temps en déplacement à l’étranger et ma mère travaillait avec 2 enfants, le choix d une femme de ménage / repassage restait la norme …
Et puis mes autres frères et soeur sont nés et un de mes frère était handicapé donc pour le coup, une grande maison, 2 chiens, 5 enfants (même si j étais moins souvent là), ça se justifiait. Et au final on s’est aussi tous mis à faire le ménage et franchement, ça se passait bien.
Dans de nombreux cas je trouve justifié le recours à une femme de ménage : horaires des deux parents lourds, grande surface habitables, personnes âgées, malades, handicapés, dans bien des cas cela se justifie.
Et puis il y a les autres. Les bourgeoises pour qui récurer un chiotte et passer un coup d’aspirateur est dégradant ou symbole de perte de temps inutile…La femme de ménage est le symbole d’un standing de vie. On est socialement en haut de l’échelle quand on a une femme de ménage (pour cette catégorie de personnes). Faire le ménage est vu comme une infamie. Elles n’en ont même pas conscience: c est la norme ! Leur norme ! Comment?! Tu gagnes 2x le smic et tu n’as pas une femme de ménage pour tes 50m2 ?! A Paris. Et puis ça fait marcher l’économie, ça fait des emplois, tout ça … oui c’est vrai aussi, peut être.
Je suis inscrite sur un groupe Facebook de mamans de mon quartier. C’est vachement bien pour faire de la sociologie. Il y a de tout: des rares pauvres, pas mal de classes moyennes d’inférieures à supérieures et ce que j’appelle moi : des super riches (je pense qu’une partie paie ou frôle le paiement de ce qui aurait pu être encore l’ISF) – je suis à la fois sidérée, captivée, amusée et révoltée par tout ce que je lis. Je me permets d’intervenir et commenter, aider, informer quand je trouve que je peux le faire … et parfois je réagis … hier j ai réagi.
Hier, énieme post dédié à la femme de ménage. Cette fois pas la recherche de la perle rare mais une jeune femme qui vient clamer sa détresse (photos du drame a l’appu) de sa femme de ménage qui a tâché son canapé avec de l’eau de javel ainsi que le pantalon neuf de son mari !
Sur le moment j’ai ricané. Je sais, c’est pas sympa. Et puis en lisant son post j’ai commencé à moins ricaner. Elle était prête à faire marcher la responsabilité civile de sa femme de ménage pour l’incident. Sa femme de ménage était déjà en train de proposer le remboursement du pantalon neuf (ça ne devait pas être un pantalon H&M à 30 balles) – S’en est suivi une liste de commentaires de nanas comme elle : « jamais d’eau de javel pour la femme de ménage », « oui, allez y pour la responsabilité civile » … et j’en passe et des meilleures.
Et là je me suis mise à la place de la pauvre femme de ménage qui a du être saisie d’angoisse après avoir fait sa connerie. La peur de perdre son job dont elle a surement besoin. Je l’imaginais embarquée à devoir faire marcher son assurance qui jamais ne rembourserai le canapé et le pantalon du mari …
Evidemment que c’est contrariant. ça m’arriverai j’aurai les glandes faut pas se leurrer. Mais jamais ça ne me viendrai a l’idée de faire marcher des assurances ou d’accepter / demander un remboursement. J’imaginais le mépris dans le regard de son employeur … et je me suis dit : mais bon sang ! elle a qu’a le faire elle même le ménage d’abord !
Alors je me suis sentie obligée de commenter. Evidemment, j’essaie de rester civilisée et intégrée dans ce microcosme alors j’évite de devenir révolutionnaire dans ce genre de groupe. Je propose des solutions pratiques genre : « vas y tu mets un bon coup de marqueur sur le canapé Madame, on la verra plus la grosse tâche rose clair sur ton canap’ gris anthracite Ligne Roset / Habitat / Roche Bobois » (je plaisante j’ai pas mis ça).
J’ai un immense respect pour les femmes de ménage. Je pense à toute la merde des autres qu’elles ramassent, à tout ce qu’elles nettoient, à ceux (notamment les clients en hôtellerie de luxe) qui parfois se permettent d’être des gros porcs dans leurs chambre sous prétexte qu’ils paient pour que ce soit nettoyé … (oui parce que les femmes de chambres dans les hôtels aussi j’ai beaucoup d’admiration pour elles). Et oui ce sont souvent des femmes, aussi.
On dit que les femmes de ménage sont bien payées à l’heure. Les non déclarées peut être plus …peut être. Elles bossent beaucoup, se tapent plein de trajets, ont le dos et les mains abimés, inhalent des détergents à longueur de journée, de nuit… et souvent elles ont aussi une famille.
La femme de ménage est donc un privilège normal pour certaines qui pourraient faire sans et qui oublient totalement qu’en vrai, si elles étaient un peu moins snobs, prétentieuses et empotées, elles dégageraient 1h ou 2h de leur temps si précieux par semaine pour le faire elles mêmes et ça leur remettraient les idées en place (en plus d’avoir le sentiment satisfaisant d’avoir nettoyé son habitat) … et souvent quand on nettoie sa maison, on nettoie dans sa tête aussi.
Je crois que notre société est à un tournant de sa mutation … je ne suis pas experte en sociologie ni en politique, je suis juste un témoin, française moyenne sûrement naïve et ignorante de beaucoup de choses, comme nous tous, de ce qui se passe dans notre monde. Avec la vitesse de la circulation de l’information, la vitesse de la déformation de l’information, la vitesse des mensonges et de la manipulation, la vitesse de la diversité des informations il y a de quoi attraper le vertige.
J’essaie coûte que coûte avec le temps de ne pas me laisser entraîner dans les tourbillons puissants populistes et je déteste les mouvements de groupe qui appellent à la haine et la destruction systématiques. ça me fait peur. Mais je déteste la manipulation et le mépris du pouvoir pour le peuple et l’aplomb avec lequel les puissants prennent le peuple pour des cons.
Au vu des événements, on ne peut pas cependant nier qu’on vit dans une société dont la générosité est vraiment inégale.
Je n’ai jamais aimé la comparaison entre les malheurs, entre les maladies, entre les souffrances, entre les causes. On soutient, on est sensible à des causes différentes, parfois à toutes en même temps et on fait tous ce qu’on peut pour être solidaire selon sa sensibilité, ses moyens.
Avec l’incendie spectaculaire, terrifiant, presque apocalyptique de Notre-Dame en plein début de semaine Sainte, il y a eu un effet symbolique d’une grande puissance pour beaucoup d’entre nous. Un garde-fou, une alarme retentissante…presque un effet de jugement dernier. En tous cas c’est comme ça que je l’ai ressenti. Et puis ce sentiment que notre histoire enracinée se consume, disparaît. Cette histoire puissante, solide, enracinée qui nous a forgé à travers les siècles qui s’efface de façon visible ça fait peur.
Je suis chrétienne catholique non pratiquante depuis des années et cet incendie m’a touché en profondeur. J’ai regardé sidérée en boucle cette flèche s’effondrer dans le brasier de la charpente. J’ai eu la gorge serrée, les larmes aux yeux. Je me suis sentie atteinte dans mon âme. Je ne pense pas avoir fait de sensiblerie. Et puis il y a cette vague de dons qui est arrivée. Cette mobilisation inouïe comme si nous avions été attaqués au plus profond de notre société, comme si nous venions de vivre une apocalypse…. l’affluence visible des grands puissants du CAC 40 Français se sont fendus de quelques millions pour sauver la France, sauver un de nos symboles … Le Président et ses conseillers ont décidé de tout suspendre et faire de cet incendie un événement national majeur.
En soi c’est bien. Je veux dire c’est positif de resserrer les liens, de faire preuve de générosité pour sauvegarder notre patrimoine. Et puis malgré tout il y a ces détails dérangeants qui petit à petit créent un malaise…des questions qui se posent… J’essaie de rester positive mais ces questions sur la nature humaine, sur la réalité de notre société surgissent … Et je réalise très vite que ces questions surgissent de partout … de façon plus ou moins suspicieuses…
L’excès de dons pour Notre Dame a eu l’effet de montrer la violence de l’inégalité de notre société et le ravin abyssal qui existe entre les riches et les pauvres. Il y en a toujours eu de l’inégalité. Les pauvres ont toujours été plus nombreux que les riches mais la différence maintenant semble être que cela est beaucoup plus visible, beaucoup plus extrême aussi.
Moi je ne reproche pas aux riches d’être riches. Moi aussi j’aimerai être riche dans l’absolu. En tous cas suffisamment pour ne pas être obligée de trop compter, pouvoir offrir des vacances à ma fille plusieurs fois par an, pouvoir me faire quelques plaisirs, sortir, voyager, prendre soin de moi et ceux que j’aime … faut pas se leurrer, l’argent, dans notre société actuelle, ça aide.
Ceux qui disent que l’argent ne fait pas le bonheur ne savent pas ce que c’est que d’en manquer. Donc oui, jusqu’à preuve du contraire, l’argent aide à mieux vivre et moi je ne suis pas contre. Par contre, je suis pour de l’argent gagné de façon juste et dans des proportions saines. Et aujourd’hui, il y a un véritable fossé entre les travailleurs qui triment en étant payés au lance pierre et des très riches qui gagnent des millions juste en étant héritiers. Je schématise évidemment.
Notre société depuis des mois, rend visible de façon criante la détresse des plus vulnérables. Avec les réseaux sociaux, le mouvement des gilets jaunes, le ras le bol bruyant et dérangeant du peuple et notamment des classes moyennes en voie d’extinction qui paient, qui travaillent qui paient toujours plus avec toujours moins de pouvoir d’achat, moins d’infrastructures, moins d’aides et de soutiens et à qui on répète qu’il n’y a pas le choix et qu’elles devront travailler encore plus, plus longtemps, parce qu’il n’y a pas le choix, parce que sinon la France s’éteindra, sinon, la dette augmentera, il n’y a pas le choix.
Les hôpitaux saturent, les handicapés sont sacrifiés, les chômeurs sont menacés et stigmatisés, les SDF augmentent, c’est la corde raide. Les associations caritatives ont moins de dons et en parallèle, les plus riches deviennent plus immensément riches (sans forcément recréer de l’emploi, sans forcément redistribuer la richesse à ceux qui en ont besoin) et soudain, soudain, ces grosses multinationales favorisées et protégées par l’Etat, grand seigneur, lâchent des millions de façon presque démesurée pour nos vieilles pierres. Pourquoi ?
Je veux dire, pourquoi aussi facilement et autant pour des vieilles pierres mais pas aussi facilement et autant pour aider l’état, les associations, les français qui souffrent ?
Cela montre que de l’argent il y en a. Il y en a dans le privé et dans le public aussi. Des milliards. On se rend juste compte que c’est une question de CHOIX. Le choix de la gestion de tout cet argent nous dépasse. A nous on répète qu’il n’y a pas le choix. Il faut payer la dette, il faut travailler plus, il faut s’assumer encore plus : retraite, santé, éducation, transports, on doit se prendre en mains et ne plus être des assistés de l’état. Mais on aide, on favorise des grosses multinationales à payer le moins possible de taxes pour qu’elles puissent s’autoriser à grands renforts de communication des dons de millions d’euros pour rebâtir un de nos monuments.
Entendons nous bien : je suis pour la réparation de Notre Dame (en espérant que cela soit fait dans le respect des bâtisseurs qui l’ont érigée), je trouve positif le don de grandes sommes d’argent en cas de besoin. Je me demande juste pourquoi la misère ne soulève pas le même élan ? Je me demande si en temps de guerre destructrice sanguinaire, en cas de cataclysme majeur, si ces mêmes immenses richesses auraient la même générosité… ? Je me demande s’il y a finalement une vraie volonté d’enrayer la misère? S’il n’y avait plus de misère il n’y aurait plus de riches .. c’est peut être ça en fait … les riches veulent rester en happy few pour être sûrs de le rester… soit. Mais quand il y a tant d’argent, à quoi cela sert-il ?
Si les hypers richesses redistribuaient une partie de leur fortune à l’état ou à des organisations caritatives, si tout le monde avait un toit, à manger, une éducation, un revenu minimal satisfaisant, ça serait la paix dans le monde. ça serait bien. Trop bien peut être ?