Archives de l’auteur : The Yiayia Girl
LOVE KIDS ! LES PETITS OUBLIES DU DROIT A UNE ENFANCE HEUREUSE…
Quand les difficultés de la vie se cumulent pour les parents, ce sont souvent les enfants qui trinquent. C’est injuste… Quand je vois toute cette souffrance je me demande pourquoi en France on ne facilite pas l’adoption des enfants de la DDASS, pourquoi ces enfants ballotés en familles d’accueil, ou centres, n’ont pas autant de facilités pour être tout simplement ADOPTES ? Et les bébés nés sous X en France… Pourquoi est ce si dur de les adopter alors que dans la plupart des cas ils ne seront pas récupérés…
FOLKLO FAMILY
FOLKLO FAMILY
La maison s’est transformée en usine au bord de l’explosion. Maman se laisse déborder par les finitions. Papa se demande déjà où sont cachées les clés de la maison. Moi, j’essaie d’être polyvalente et d’aider à sauver les meubles afin de minimiser les engueulades du départ. Ma sœur comate. Elle s’est couchée à 4heures du mat’ et reste fidèle à elle-même, c’est-à-dire, complètement à l’ouest.
Pour ma mère, chaque détail prend une importance extraordinaire. Mon père demande de plus en plus souvent où sont rangées les clés de la maison dont on a qu’un seul trousseau. Les trois petits eux, en attendant, dérangent tous les jouets que je me suis donnée la peine de ranger la veille. Logique. Moi, je me dis que j’ai passé l’âge d’aller en vacances avec mes parents. D’un autre côté, je suis bien contente d’aller voir l’océan et de passer un peu de temps avec ces drôles de gens qui forment ma famille.
11 heures, le départ s’annonce, chaud. Les deux voitures sont blindées. Maman a insisté pour qu’on case les vélos des petits en plus de tout le reste. Tout le reste, c’est énorme quand on est 7 personnes plus un chien. Les traits de mon père commencent à se crisper. 11h05, il explose : — Où sont passées ces putains de clés bordel !!? … Aïe, aïe, aïe. On ne décollera pas avant 12h00. S’il continue, ma mère va décréter qu’elle ne part plus.
Je connais les scènes par cœur. Elles se reproduisent, inlassablement. C’est devenu une façon de vivre. Ma folklo family ne sait pas faire comme tout le monde. 11h32. Après nous être tous insultés, on se décide de jeter un coup d’œil dans une des boîtes à jouets des petits. Bingo, la clé se balade au milieu de la dînette. Ma mère clame des ‘je vous l’avez dit’, mon père lui est exaspéré, moi je me demande pourquoi on a qu’un seul trousseau…12H00, on intègre les voitures. Les petits et mes parents dans la leur, ma sœur moi et le chien dans la mienne. La leur ne démarre pas. La batterie s’est vidée. Les petits ont du jouer avec les phares. Papa est au bord de la crise de nerfs. Je cours chercher les pinces crocodiles. Je mets ma voiture face à la sienne. Ça va prendre dix minutes. Pas de quoi s’affoler. C’est normal qu’une chose comme ça nous arrive. Il faut relativiser. Je relativise. On a juste quatre heures de retard sur notre planning de départ.
Au bout d’une demi-heure, un des trois petits commence à avoir le mal du transport, puis donne la même envie à la petite dernière. On se retrouve arrêtés sur une des premières aires d’autoroute de notre long parcours. Ma mère est en pleine crise d’hystérie, le rouleau de sopalin à la main, les sacs en plastique dans l’autre, pour nettoyer les deux petits recouverts de vomi. Heureusement, elle a prévu les rechanges. A la longue, on apprend à anticiper certains incidents, en souhaitant toutefois qu’ils ne se reproduisent pas à chaque fois … Qui roule avec des rouleaux de sopalins et des sacs en plastique Auchan ? Certainement pas Madame Toulemonde. Mon père, en prend plein les gencives. Tout est de sa faute. Encore un coup de son manque de dynamisme selon maman. Mon père lui, tente d’expliquer les dangers d’un arrêt sur une bande d’arrêt d’urgence d’autoroute. Moi, je la ferme. Dans ces cas là, il vaut mieux. Je n’ai pas envie de me voir avec un sac plastique rempli de vomi sur la tête. Dans ces cas là, l’énervement est tel qu’on ne sait jamais. On en profite pour faire un transfert. Je prends les deux garçons avec moi, plus le chien. Avec la musique à fond ça les calmera de leurs envies de dégobiller. J’espère.
Ma sœur, celle qui s’est couchée à 4 heures du matin, voyage à côté de moi. Elle comate toujours, entre quelques quintes de toux. Ces virées nocturnes ont fini par lui faire choper la crève. Je la supplie de se gaver de ma boîte de Ricola aux herbes suisses afin qu’elle ne décuple pas mon stress pendant le voyage. C’est très dur de conduire avec quelqu’un qui vous tousse dans les oreilles. O miracle, le reste du trajet se passe à peu près sans incidents. On ne se trompe même pas de route. On s’améliore quand même. Si, si, avant, on arrivait à 20heures en partant à 11heures, maintenant on fait en 5-6 heures un trajet qui se fait normalement en 4. Le progrès est net.
Je l’aime ma folklo family. On ne le fait pas exprès de ne pas être standards. Ce n’est pas faute d’essayer pourtant. Mes parents sont des hippies dans l’âme. D’authentiques bohêmes contrariés. La libre expression familiale est notre sacerdoce et bon sang qu’est-ce qu’on s’exprime chez nous ! Sûrement trop pour nos voisins, mais mieux vaut trop que pas assez.
Des hypersensibles, hyperémotifs, hyper –fantaisistes, hyper expressifs, ça donne … de la dynamite quotidienne. C’est pour ça qu’on a besoin de vacances. Nos voisins aussi. Nos voisins nous considèrent comme des cas sociaux. Des Groseilles qui auraient malencontreusement trouvé logis dans le lotissement des Lequennois. A la seule différence que nous étions les pionniers du lieu dit. Ils avaient qu’à réfléchir et nous écouter avant de camper leur maison traditionnelle devant chez nous. On ne leur a jamais demandé de venir nous gâcher la vue de la vallée. Et puis si on parle trop fort pour eux, ils n’ont qu’à s’acheter des boules Quiès. Là c’est ma mauvaise foi qui s’exprime bien sûr. On se compare souvent, naturellement à la famille Addams. La caricature n’est pas si excessive parfois. Dommage que la plupart des gens nous fuient. Je nous trouve personnellement plutôt attachants. Les gens qui nous adoptent se sentent bien chez nous. Il y a de la vie avec un grand V.
A mon sens, mes parents sont d’éternels ados, avec bien évidemment les travers que ça peut comporter, mais je suis heureuse d’avoir des parents comme ça plutôt que des « Monsieur – Madame – bien rangés – propres sur eux – bénis oui-oui ». Ma folklo family est incontestablement rebelle. D’ailleurs, mes parents n’ont à ma connaissance plus vraiment d’amis. En tous cas, plus depuis qu’ils se sont réinstallés de façon plus sédentaire en France.
Quand j’étais enfant, je me souviens de notre immense maison dans les îles, où nous vivions, et qui était devenue un « must » en matière de soirées que maman avait le don d’organiser à la perfection.
Là, où nous vivons malheureusement, les gens sont froids et conformes. Les décalages entre leurs vies et la vie de mes parents sont de toutes façons trop profonds pour espérer une quelconque sympathie ou ouverture d’esprit de leur part. C’est peut être aussi pour ça que mes parents ont agrandi la tribu. Entre nous, nous nous comprenons. Tant pis pour les autres, on arrivera à se passer d’eux !
SERIE LOOSE
Je me réveille le matin, le nœud dans le ventre, la boule dans la gorge, vide, démotivée. J’aimerai rester au lit et rêver ma vie, mais je dois aller bosser. Je ne peux compter que sur moi-même, alors je ne peux pas me laisser tomber. Je me prends par la main et je me traîne dans la salle de bains, hirsute. J’allume la lumière, je pisse, je tire la chasse et je me regarde dans la glace. Vision d’horreur. Mon teint est brouillé, mon acné récidive, mes cheveux sont ternes et mous. Encore une belle journée qui s’annonce tiens ! Allez hop ! Sous la douche ! Un brushing et du cache – misère plus tard je serai présentable. Je revêts ma panoplie de jeune travailleuse aux dents longues et à l’énergie volcanique, la mélancolie au cœur. Mes yeux ne trompent pas. La mélancolie est visible. Je ne la sens pas ma journée et j’ai bien raison.
J’enchaîne les poisses. Patron taré, clients encore pires que d’habitude à qui je ne peux pas dire d’aller se faire foutre avec leurs vies dont je n’ai rien à cirer et mon satané portable qui est parti pour 15 jours à me faire lire des textos m’indiquant que je suis de nouveau à découvert, donc de nouveau dans la merde. La solitude s’empare alors de moi. Je ne vois plus d’issue. Je suis squeezée. Je suffoque. J’ai l’impression que c’est toujours aux même que ces choses là arrivent. Je n’arrive plus à me raisonner. La journée met plus de huit heures à passer. Tout me contrarie.
C’est la loose totale. J’évite de trop me regarder dans un miroir tellement je me trouve minable, pitoyable. Je rentre seule le soir. J’arrive dans mon appart, seule. Je suis, seule. Ce mot, raisonne dans ma tête et me fait pleurnicher. Je ne trouve plus belle cette solitude forcée. Après tout, je ne l’ai pas choisie. Indépendante mon cul ! Qu’on arrête de nous gaver avec les joies du célibat et les bienfaits de ce « stiletto feminism ». Depuis quand on est fait pour vivre seul ? Une moitié de tablette de chocolat plus tard et quelques petits gâteaux, je me sens presque mieux. Presque, parce que je sais que ce que je viens d’engloutir va se stocker sur mes cuissots déjà pas minces. Ce n’est pas comme ça que je vais relancer ma séduction me plains-je en faisant de la sensiblerie sur moi-même.
J’abandonne la grande bataille. Pire, je n’ai même plus envie de me battre. C’est trop dur ! Je pleure, je pleure sans fin. Je suis le nouveau Caliméro de service. Je me vide littéralement. Je me recroqueville dans ma coquille. J’en ai marre de me prendre en mains. Pourtant, je sais que je vais finir par réagir. C’est dans l’ordre logique des choses. Ma maman, mes amies proches, leur tendresse et leur solidarité du moment, font que je finis par relativiser ma situation. Je me dis qu’après tout, tout n’est pas encore fini. Je finirai bien par retomber amoureuse, je les rembourserai ces crédits qui me gâchent le porte-monnaie… La vie c’est ça. Des séries loose, ponctuées de périodes de gloire. Vivre le mal pour mieux apprécier le bien ? Peut être…
VICTIME DE LA MODE ?
A une plus petite échelle, à un niveau plus « cheap », il y a nous, moi. La société me complexe. Je ne suis jamais assez bien. Surtout depuis que Photoshop a envahi les studios photos des magazines féminins représentant des femmes en dehors des réalités statistiques. Surtout depuis que rondeurs sont synonymes de laisser aller, surtout depuis que maigreur est synonyme d’anorexie…
Vive la beauté mais à bas l’artifice. Vive le respect de soi mais au diable tout narcissisme inutile. En d’autres termes, on peut vouer une adoration à Chanel, Guerlain et Calvin Klein sans s’asperger la moitié de la bouteille tous les matins.
Ce n’est pas de notre faute. Nous sommes victimes après tout. C’est ça qui est terrible. De la manipulation à l’échelle mondiale. Même la vague Zen implique de la consommation. Il faut consommer Zen pour être Zen. N’est pas Zen qui veut. Ça s’apprend. Les orientaux nous vendent leurs kimonos, et leurs manuels de Feng-Shui, nous on leur vend nos tailleurs Agnès B. et notre foie gras aux truffes. Bon deal. Personne ne perd au grand jeu de la mondialisation. Si, ceux qui ne consomment pas.
Ne plus consommer, c’est se mettre en marge de la société. Ça fait peur de ne plus consommer. Ça pourrait être le début de la fin ? Non seulement il faut consommer, mais il faut SAVOIR consommer. Il faut consommer à la mode. Même la bouffe s’est adaptée à la mode. Mangeons bio. Comme si avant, nous avions mangé un ensemble d’aliments extra-terrestres cultivés dans l’espace intersidéral. La pomme de terre vient bien de la terre non ? C’est comme le principe de la lessive qui lave plus blanc que blanc. Maintenant, on a la terre plus bio que bio. C’est le « plus » qui compte. Bientôt, une seule fraise suffira à combler notre alimentation enrichie parce qu’elle aura tellement plus de qualités nutritives qu’elle rendra la moitié du monde végétarien.
Le bonheur, avant d’être dans le pré, il est avant tout dans sa tête. Après tout, si une femme est heureuse en chaussant des échasses et en se nourrissant de graines et de branches de céleri, je m’incline. Je respecte le droit du « chacun voit midi à sa porte ». Je sais que personnellement, je n’ai pas encore réussi à trouver d’autres tenues dans laquelle je me sente aussi à l’aise que le jean. Pourtant même le jean à cédé aux appels de la mode. Taille basse, extensible, fashion jusqu’au bout, même le jean s’est fait avoir. Moi aussi. Je serai une baroudeuse de choc, mais de charme aussi.
En attendant, comme le disait grand-mère, être belle ça ne s’achète pas. On l’est ou on l’est pas. Pffiouu, heureusement que la chirurgie esthétique à fait son apparition, on a failli être tous moches.
Nos vies auront bientôt l’air d’un spot publicitaire, on aura le rôle principal à tour de rôle, nous serons tous des stars, notre instinct s’envolera, nos pensées s’uniformiseront, nous deviendrons tous pacifistes et asexués, nous serons les survivants de notre planète bio, Zénifiés. On nous apprendra comment tout faire, même l’amour. Franchement, il était temps ! A se demander comment l’être humain a fait pour survivre depuis ces derniers millions d’années ? Sans ultra consommation ? Sans TV ? Sans supermarchés ? Sans centres commerciaux ? Sans les clubs de vacances ? Et l’homme a survécu ?
L’homme s’évertue à se créer son propre malheur. Un monde d’artifices pour le bien être d’une minorité. La révolution individuelle doit commencer puisque l’union ne fait plus la force. On a le droit d’avoir confiance en soi et d’avoir ses propres convictions même si elles ne correspondent pas à la grande recette de la mondialisation au sens socio-économique du terme – la liberté de l’un s’arrêtant où commence celle de l’autre-, on a le droit de ne pas être une victime de la mode. Je m’approprie ce droit. Je souffrirai les idées claires. Je ne cèderai pas. Trop d’hommes sont morts pour la liberté. Je ne veux pas les déshonorer.

